roman norbert et tonia

roman norbert et tonia

Roman Norbert et Tonia

Roman Norbert et Tonia

Roman histoire vécue – Norbert et Tonia - Ou - Le fils naturel du comte de Monchavet. Un destin hors

du commun – Auteur du roman Robert Lefebvre Adresse mail robert.lefebvre20@orange.fr Copiez l'adresse mail si ça ne fonctionne pas

 

Norbert a écrit l'histoire de sa vie sur des cahiers d'écoliers. Rien a été modifié.

 

Vous avez dans ce site les 10 premières pages du roman - vous pouvez vous inscrire gratuitement  dans le site  monbestseller.com  pour lire toutes les autres pages


Résumé

 

Norbert, fils biologique d'un comte, naît en 1944, il connaît une enfance misérable dans un petit

village près du château de son père biologique. Élevé par sa vraie mère et par un père violent qui ne

l'aime pas, cela créé un grand manque d'affection chez Norbert qui se réfugie dans des rêves qui

perturbent sa jeune vie d'enfant.

Tous les jeudis après midi Norbert et le comte de Monchavet marchent main dans la main dans les

allées du château. Le comte ne peut lui avouer qu'il est son vrai père. Dans ses rêves Norbert pense

que le comte est son vrai père. Ses rêves ne pouvant pas devenir réalité, Norbert a un comportement

de sournois et de petit voyou dans son village.

Un jeudi après midi la cuisinière du château lui dévoile un grand secret, elle lui avoue qu'il est le fils

du comte, Norbert fou de rage s'enfuit dans la forêt. Ce secret ne change rien car le comte ne peut

lui avouer qu'il est son vrai père.

Norbert doit attendre dans sa quatorzième année pour qu'enfin le comte lui avoue qu'il est son fils. Il

lui avoue ce secret car le père qui l'a élevé est décédé. Norbert ne profite pas longtemps de l'affection

du comte de Monchavet, car il meurt d'une crise cardiaque quelques jours après lui avoir avoué qu'il

est son vrai père. Sa mère foudroyée par la mort de l'homme qu'elle aime, elle rejette son fils. Norbert

doit aller travailler chez son oncle qui est producteur de fraises.

Dans la ferme de son oncle il rencontre son premier amour, la jeune Françoise. Frustré de ne pouvoir

être le jeune comte de Monchavet, il décide de partir à l'aventure pour s'offrir un autre destin. Il va

dans une ville où il devient apprenti boulanger, maçon. Il rencontre Josiane son deuxième amour, elle

lui fait connaître des voyous, des blousons noirs. Il devient chef d'une petite bande de jeunes, voleurs

de voitures.

Un jour il se fait arrêter et tombe sur un commissaire de police qui n'est autre que le père d'un de ses

anciens camarades de classe avec qui il avait l'habitude de se battre. Il suit néanmoins ses conseils et

se laisse porter sous son aile protectrice. Norbert prend de nouvelles résolutions afin d'orienter sa vie

vers un vrai métier et fait des études pour en ressortir diplômé d'un CAP de plomberie.

Il se trouve un travail dans Paris ainsi qu'un logement dans une chambre de bonne, il rencontre

Elodie, son troisième grand amour et fille de la concierge qui lui présente un groupe d'amis étudiants

anarchistes et révolutionnaires. Malheureusement ses nouveaux amis le font boire et l'engagent dans

la drogue. Norbert se retrouve dans un hôpital, une consommation abusive d'alcool et de drogue le

rende malade.

Norbert quitte Paris , ses rêves l'engagent vers la mer, il se retrouve à Menton. Dans cette ville des

policiers le trouve dans un léger coma et ils le conduisent à l'hôpital. Un médecin de l'hôpital l'envoie

à l'hôpital psychiatrique de Nice. Ne comprenant pas trop bien son affectation dans un hôpital

psychiatrique, il se montre un peu brutal envers le personnel soignant.

Il rencontre Tonia, une belle jeune femme brune de dix huit ans, elle est magnifique avec ses yeux

légèrement bridés. Tonia lui apprend qu'elle est la fille du prince Alexandre Anatolièvna Antipova. Son

père est un homme d'affaire qui travaille pour la mafia, il a été colonel dans l'armée rouge.

Le prince Alexandre l'invite à vivre chez lui, dans sa villa prés de Sospel. Norbert est beaucoup aimé

dans cette famille, Tonia devient sa fiancée. Après quelques mois passés dans cette famille, Norbert

perd la mémoire et s'enfuit. Il se retrouve à San Remo sur une place où il rencontre Lisa. Son père

est saltimbanque, il chante et fait des numéros de cirque avec ses deux enfants pour gagner sa vie.

La jeune Lisa éprise du jeune Norbert qui est très beau, veut qu'il devienne son fiancé. Norbert sent

que quelque chose ne va pas dans sa vie et il refuse de s'engager dans cet amour. Sa mémoire lui

revient très lentement, il voit des images de sa belle Tonia qui lui apparaît le jour et la nuit. Lisa est

perturbée par ses rêves et son père demande à Norbert de partir.

Norbert part pour Marseille où il rencontre Nicole une prostituée, elle lui demande de devenir son

protecteur en attendant que son julo sorte de prison. Il retrouve la mémoire et retourne vivre dans sa

famille à Sospel. Tonia le retrouve après avoir été très malade de cette séparation, ensemble ils vivent

un grand amour, ils inventent la planète Antoniares pour s'engager dans un amour éternel.

* * * * * * * * * * * * * * * * * *

 

Chapitre 1 " Norbert - De l'enfance à l'adolescence".

Chapitre 2 La prison, l'asile.

Chapitre 3 - Une nouvelle famille

Chapitre 4 - Le départ, le Néant.

Chapitre 5 - Papa Alexandre

Chapitre 6 (retour à la vie normale)

Chapitre 7 (dans les jardins de l'enfer)

Chapitre 8 (mon ami Norbert)

 

 

Chapitre 1 – Norbert « de l'enfance à l'adolescence". "page 1 "

 

Comme tous les jeudis après-midi, le Comte de Monchavet m'attendait à la grille d'entrée de son

château. Nous partions ensemble pour une très longue promenade à travers champs et forêts. En

cette année, mai 1953, je venais d'avoir huit ans, et un événement très important allait bouleverser

ma triste vie.

 

De mes parents, je ne reçus jamais ni amour ni affection. Je n'avais que huit ans, mais il me semblait

souvent que j'étais bien plus âgé. Personne dans ce monde ne peut choisir sa famille, ni le milieu

dans lequel il sera amené à passer son existence. Je vécus les quatorze premières années de ma vie

comme un cauchemar. Je suis né en 1944, dans une petite ville proche de Paris, après cinq frères et

soeurs.

 

J'étais un fardeau pour ma mère, c'était une femme accablée de travail et d'enfants.

Le mari de ma mère n'était qu'un pauvre homme, un de ces ouvriers désoeuvrés qui méprisait la

société dans laquelle il vivait si misérablement, sans l'espoir de voir un jour changer sa situation.

J'ai grandi au milieu d'eux, dans un petit village perdu dans la grande campagne, entouré de champs,

de cultures et de petites forêts de chênes, de bouleaux et de

châtaigniers.

 

Page 2. Chapitre 1

 

Dans ce magnifique environnement, mon enfance ne fut pour moi que misère et désolation. Un

bourgeois du village louait à mes parents une maison, sale, dégoûtante d'humidité, sans aucun

confort, pas même l'eau courante, que nous devions aller chercher au lavoir municipal, là où des

femmes lavaient leur linge.

Pourtant, dans ce même lieu, un être humain m' aimait. Il y avait pour moi un lieu presque magique

près de chez moi, et c'était la demeure du comte de Monchavet. Dans mon village, on l'appelait "le

château des Trois fontaines". Le comte m'emmenait régulièrement visiter son immense domaine,

mais il ne me parlait que rarement. Je sentait que le comte me cachait quelque chose d'important.

 

Fréquemment, j'avais l'impression que le châtelain désirait me confier un lourd secret qui le faisait

souffrir. Ma main fortement serrée dans la sienne, cela représentait pour moi des montagnes

d'affection. J'aimais regarder son beau et noble visage d'un homme ayant atteint la cinquantaine,

mais qui n'était pas usé comme celui de tous les gens que je connaissais.

 

Le comte passait ses journées à parcourir ses terres en voiture ou à pied, à rendre visite

aux fermiers qui travaillaient durement pour lui. L'épouse du comte, la comtesse de Monchavet, est morte en 1942, après avoir passé de longues

années dans un sanatorium. Son corps reposait dans le parc du château et sa tombe était toujours

couverte de roses rouges, renouvelées chaque jour par le jardinier. Tous les jeudis après-midi, avant

la promenade, le comte et moi venions ensemble nous recueillir sur la tombe.

 

Ce moment de

recueillement était aussi un moment de souffrance car je voyais le comte pleurer et souffrir de la

mort de sa bien aimée comtesse.

Pendant ces minutes de détresse du comte il me semblait qu'il se déciderait à me livrer son secret.

Son secret était trop important pour qu'il puisse me le dévoiler. Du haut de mes huit ans, je sentais

beaucoup de choses mais je ne comprenais pas pourquoi le comte s'intéressait à moi car j'étais un

gamin sans instruction. j'étais le fils d'une ancienne domestique du château, une femme de

compagnie que le comte avait employé avant et pendant la guerre.

 

Un jeudi après midi me rendant à mon rendez-vous hebdomadaire, on m'avertit au château que le

comte était absent et que je devais l'attendre. La cuisinière profita de cet instant de liberté pour

m'attirer dans la cuisine et me jeter à la face, comme un éclair, le terrible secret. Elle m'apprit que

j'étais le fils du comte. Elle me dit que j'étais un petit bâtard. Ce secret, je devais le garder pour moi,

et ne jamais en parler à personne.

 

Page 3 . Chapitre 1

 

Cette femme ne n'aimait pas, elle disait souvent au comte qu'elle ne comprenait pas pourquoi il se

promenait tous les jeudis avec moi. Elle était jalouse, parce qu'elle aurait aimé que ce fût son propre

fils que le comte emmène en promenade avec lui.

 

Elle était très bonne cuisinière, mais elle souffrait de ses disgrâces physiques, ce qui la rendait

agressive envers tous ceux qui avaient plus de faveurs qu'elle. Je détestais cette femme car je ne

comprenais son comportement envers moi.

 

J'étais un bâtard, un enfant du péché, d'un amour défendu. Je compris très vite l'importance de ce

que la cuisinière venait de m'apprendre. Dans mes rêves, je voyais le comte me prendre dans ses

bras, il me disait que j'étais son fils et il disparaissait. Maintenant je savais que j'étais réellement son

fils et ma vie devait continuer comme avant.

 

Le Comte ne pouvait rien pour moi, rien d'autre que de m'emmener tous les jeudis après-midi me

promener avec lui autour du château.

Si je disais au père qui m'élevait que j'étais le fils du comte, il risquerait de tuer ma mère et ses

enfants. Ce père que je n'aimais pas était un homme très violent. Ma mère ne cessait de le repousser,

elle ne voulait pas de ce mari qu'elle avait du épouser sans amour.

 

A cette époque, je n'étais qu'un pauvre enfant inculte, mais non dépourvu d'intelligence et de

sensibilité. Dans mon village j'étais perçu comme un petit sournois et un voyou. Je pensais

énormément et comprenait bien les choses de la vie, je ne pouvais pas dire à mes parents que j'étais

content d'être le fils du comte.

 

Ma mère aimait toujours en silence le comte qu'elle n'avait jamais revu depuis ma naissance. La

révélation de ce secret me fit comprendre les colères de ma mère. Ma naissance n'a pas été pour ma

mère un heureux événement.

 

Page 4 . Chapitre 1

 

Quand mes parents travaillaient au château, ils étaient très bien payés et ne manquaient de rien,

mais lorsque que je suis né, ma mère rompit toute relation avec le comte. Ce jour où la cuisinière

me dévoila ce secret, le comte me trouva terriblement bouleversé. Je sentis que le comte savait que

l'on m'avait dévoilé ce secret. Le comte ne pouvant pas me dire que j'étais son fils, son visage devint

moins triste.

Quand nous marchions main dans la main les jeudis après midi, je me sentais plus

léger, je rêvais au jour ou il me dirait que j'étais son fils. Ce jour-là serait le plus beau de ma vie.

Durant de longues années, le Comte et moi nous parcourûmes ensemble les innombrables chemins

du domaine du château des Trois fontaines.

 

Nos vies semblaient comme séparées par une

infranchissable muraille. D'un côté, il y avait l'univers paradisiaque du comte, et de l'autre, mon

univers sordide. Je souffrais de ne pouvoir pénétrer dans l'univers de mon vrai père.

Quand les loups sont malheureux, ils hurlent à la mort pour chasser de leur corps la souffrance qui

les étouffe; parfois, le Comte et moi nous agissions comme ces animaux sauvages, nous poussions

des cris terrifiants qui devaient s'entendre à des kilomètres à la ronde.

Le Comte ne pouvant

remplacer mes parents légitimes, donc je devais me contenter de ce père

ouvrier si brutal et de cette mère méchante, acariâtre et malheureuse.

La vie de ma mère n'était qu'un enfer, car elle s'était un moment glissée dans un paradis où les

enfants naturels ne sont pas admis. Très vite, elle en fut rejetée sans pitié. Ces quelques instants de

bonheur qu'elle avait en quelque sorte dérobé à ce milieu qui n'était pas vraiment le sien, elle les

paya très chers

 

 

.Page 5 . Chapitre 1

 

Dans ce monde cruel où je vivais, seul mon vrai père comptait pour moi. Très souvent, je me

demandais pourquoi le comte ne pouvait rien faire pour adoucir ma pitoyable vie. Ma mère avait

décidé que personne ne devait savoir qu'à la fin de la guerre, qu'un châtelain et qu'une mignonne

petite femme de compagnie s'étaient aimés et que de cet amour défendu naquit un mignon petit

garçon aux yeux bleus, comme ceux du comte de Monchavet.

 

Après ma naissance ma mère ne revint jamais au château. Elle informa le comte qu'elle avait eu un

enfant de lui, et ne voulut recevoir, ni faveur ni dédommagement de cet homme, car cela aurait pu

briser sa vie. Dans ce petit village, deux personnes savaient que j'étais un enfant conçu dans le

péché : c'était le curé et la cuisinière du château. Ma vie était suffisamment triste, alors il n'était pas

nécessaire de charger davantage ce pesant fardeau que j'avais bien du mal à supporter chaque jour.

Si aux habitants du village on avait dévoilé cette affaire, aussitôt leurs enfants se seraient empressés

de se moquer de ma bâtardise pour l'humilier d'avantage.

Dans cet univers pathétique, je pouvais

supporter beaucoup de choses, mais ce genre d'humiliation, non, je ne l'aurais pas admise. Pour moi

chaque jeudi après-midi, la porte du château des Trois fontaines ne s'ouvrait que pour recevoir le

futur petit héritier que j'étais, et pas un sournois petit bâtard.

 

Le comte de Monchavet n'aurait pas accepté que son fils subisse une telle offense, car pour lui son

enfant était réellement le fruit d'un grand et bel amour qu'il avait connu avec ma mère. Ce beau

château et cet immense domaine était pour moi mon paradis sur terre. Dès l'âge de trois ans, mon

grand-père me fit pénétrer dans ce magnifique endroit, où il y venait

 

pour soigner et garder les moutons. Pour ne pas rester dans les jambes du berger, le comte se

proposa de s'occuper de moi.

Il le fit par pure générosité et humanité, en sachant pertinemment que j'étais son fils. Quand je vis

cet homme pour la première fois, je découvris que son être dégageait une immense tristesse, il me

sembla aussi qu'il était très âgé.

 

En quelques semaines, et de par ma présence au château, le châtelain se transforma et prit une

apparence d'homme plus jeune. Cet homme souffrait doublement : de la disparition cruelle de sa

femme puis aussi d'avoir un fils illégitime qu'il ne pouvait prendre dans ses bras et aimer au grand

jour.

 

Page 6 . Chapitre 1

 

Cette horrible situation noya toute mon enfance dans un océan de désespoir et fit apparaître dans

mon corps des blessures invisibles et profondes qui me faisaient parfois hurler de douleur. Le

bonheur était si près de moi, mais il demeurait fuyant et insaisissable. Chaque jeudi après-midi, je

recevais ma minuscule goutte d'affection, qui n'était que la chaleur venant de la paume de la main

de mon vrai père. Quand elle s'évaporait dans les airs, elle me soufflait des milliers de mots tendre

aux oreilles. Cette chaleur humaine rayonnait et transperçait mon petit coeur d'enfant malheureux et

devenait pour moi mon unique souffle de vie.

 

Ma vie pouvait changer si la mort de ce père ivrogne et brutal intervenait. Cette mauvaise pensée

me traversait souvent l'esprit, mais je savais pertinemment que c'était mon unique chance de

pouvoir faire exploser cette épaisse muraille qui emprisonnait l'amour que nous ne pouvions

partager ensemble. Le comte et moi, nous pensions que ce malheur nous serait bénéfique et nous

ouvrirait la porte du bonheur.

 

Les mois et les années passèrent, sans que rien ne vienne modifier quelque chose à ma vie austère et

à mes journées sans joie ni bonheur que je consommais péniblement depuis ma naissance. Quand je

suis entré dans ma douzième années, je compris comprit que ma situation ne changerait peut-être

jamais, alors j'ai décidé de réduire mes visites au château.

 

Ma frustration s'emplifia au fil des années, je me sentis spolié du droit de vivre pleinement au sein

du vaste domaine du château des Trois fontaines, sur cet espace paradisiaque où on aurait dû me

déposer dès ma naissance. En grandissant, je devins un petit être cruel, haineux et insensible à la

souffrance.

La porte de mon beau paradis ne voulant pas s'ouvrir pour

m'accueillir et me sacrer enfant de noble, alors il me vint l'idée de détruire le châtelain, parce que

les gouttes de bonheur qu'il déversait sur moi, uniquement quelques heures par semaine, cela ne me

satisfaisait plus.

 

Dans mon corps coulait le sang de cet homme, et je désirais ardemment que les gens du village me

reconnaissent comme étant l'héritier du château, car je pensais que cela me revenait de droit. Mon

vrai père était un homme très fortuné et envié des habitants de mon village, mais moi, je côtoyais

chaque jour des frères et des soeurs qui étaient aussi pitoyables et ignorants que moi. Et ce père

ignoble que je haïssais, ne cessait de me dire que j'étais un sale mioche, et une bouche de trop à

nourrir.

 

Page 7 . Chapitre 1

 

Il m'obligeait à aller mendier ou voler de la nourriture dans les fermes alentours. Chaque jour, je

devais respirer des parfums nauséabonds que dégageait cette maison et les membres de ma famille

qui y vivaient entassés dans des pièces exiguës. Ce taudis aurait dû servir de refuge aux animaux, et

non pas pour y abriter des êtres humains. Chaque matin, je devais me vêtir comme un mendiant et

partir à l'école pour y recevoir des punitions et des châtiments corporels. Le maître d'école disait de

moi que je n'étais qu'un vulgaire petit cancre incapable d'apprendre quoi que ce soit.

 

J'en avais assez d'être si pauvre, assez de cette vie affligeante que je méprisais de toutes mes forces.

Je haïssais ma mère qui aurait dû dès ma naissance me remettre au châtelain, et non pas me plonger

dans sa vie médiocre. Je m'imaginais que j'étais indésirable et que ce bel univers de la noblesse ne

désirait pas accueillir un gueux et un intrus pour lui offrir toutes ses douceurs et ses privilèges.

 

Pourtant, dans mes rêves, je désirais que ma vie se déroulât auprès de mon vrai père, car j'étais

réellement un membre de la noblesse, et non pas un importun.

Très souvent, je me réfugiais au presbytère pour voir le curé, afin de lui confier mon chagrin et mes

innombrables plaintes.

 

Malheureusement pour moi, cet homme d'église ne pouvait rien faire pour m'aider; il ne cessait de

me répéter perpétuellement qu'un enfant conçu dans le péché ne pourrait jamais être heureux sur

terre. Je n'étais qu'une petite créature de Dieu, perdue dans un monde où il n'y avait pas de place

pour moi.

 

Ce curé ne fit que m'enfoncer davantage dans le désespoir et la haine qui me rongeait le corps. Le

comte de Monchavet était un pêcheur, alors il devait mourir et aller souffrir en enfer afin de payer

ce mal qu'il avait fait sur terre. Ce fardeau de malheurs qui écrasait ma vie un peu plus chaque jour,

maintenant je le jugeais et le rendais responsable de mon pitoyable destin.

 

Mes visites au château cessèrent brutalement, et le comte tomba malade. Un soir après l'école, la

cuisinière désemparée vint me voir pour me dire que mon père était au plus mal et qu'il désirait me

voir de toute urgence. La pauvre femme dut repartir seule, sans aucune promesse de visite de ma

part. Pour moi, le château et mes rêves insensés qui me propulsaient chaque nuit dans un monde

irréel, tout cela devait cesser.

 

Je ne deviendrais probablement jamais un membre de la noblesse, alors je ne devais plus penser à

cet univers impénétrable. Pourtant j'avais rêvé durant des années qu'un jour, je deviendrais l'héritier

de cet immense domaine. Mais rien de ce que je m'étais imaginé ne vint transformer ma vie, et mon

imagination n'était qu'illusion destinée à n'ouvrir dans mon corps d'enfant que d'immenses et

profondes blessures qui ne cesseraient de me mortifier...

 

Page 8 . Chapitre 1

 

Durant des semaines, cette pauvre cuisinière vint me supplier pour que je me rende au chevet du

comte qui se laissait mourir de chagrin. Cette rupture fut si brutale, qu'elle le rendit paralysé des

jambes et d'une partie du visage. Ses appels au secours me laissèrent totalement indifférent. En août

de l'année 1958, j' eus quatorze ans, ce fut pour moi, la fin de l'école et le commencement d'une

autre vie. Mon père, ce pauvre ouvrier, mourut cette année-là, emporté par une grave maladie. La

mort de cet homme fut pour moi une grande délivrance et un immense soulagement.

 

Je fus enfin débarrassé de ce monstre inhumain, et cette délivrance me fit penser que maintenant je

pouvais aller voir mon vrai père, car plus rien ne l'empêchait de me remette en main propre la clef

de mon paradis. Malheureusement pour moi, j'avais abandonné l'unique être humain qui semblait

réellement m'aimer dans ce monde cruel. Le pauvre petit être que j'étais, il n'avait pu prendre

patience et attendre des jours meilleurs. J'avais inconsciemment détruit le peu de bonheur que ce

monde semblait vouloir m'offrir.

 

Après l'enterrement de l'homme qui avait épousé ma mère, je dus accompagner la cuisinière, qui

m'entraîna presque de force vers le château. Cette femme désirait que cet enfant sournois que j'étais

prenne dans ses bras le châtelain malade, qui lui ouvrait désormais son coeur et la porte de son

paradis. Elle ne voulait pas perdre ce généreux employeur, qui était très bon avec son personnel.

 

En entrant dans le domaine du château des trois fontaines, je redevins ce petit enfant qui aimait aller

se promener avec le comte de Monchavet, et ma carapace d'enfant meurtrie et cruel se brisa. Je pus

me libérer et pleurer afin de noyer dans un océan de larmes mon comportement stupide de gamin

irréfléchi. Cet homme brisé m'invita à venir vers lui afin qu'il puisse enfin me serrer dans ses bras.

 

Cet instant de retrouvailles fut émouvant et déchirant, il fut immédiatement suivi d'un grand

moment de bonheur. Cet homme miné par le chagrin et la maladie, trouva la force de s'asseoir dans

son lit, puis il me dit de vive voix qu'il était mon vrai papa. J'avais dû attendre quatorze longues et

interminables années pour enfin entendre ce mot merveilleux

sortir de sa bouche.

Maintenant, nous pouvions nous parler et nous aimer librement, sans qu'aucun

obstacle ne vienne perturber notre bonheur.

En cette année 1959, je perdis deux pères : l'homme qui épousa ma mère et le comte de Monchavet,

qui me donna la vie.

Malheureusement ce bonheur ne dura que très peu de temps, car nous ne

restâmes ensemble que quelques semaines seulement. J'ai tenté énergiquement de réparer le mal

j'avais fait à mon vrai père, mais cela arriva trop tardivement.

Pourtant, le docteur m'avait promis que le comte se remettrait très rapidement de sa longue maladie.

 

Page 9 . Chapitre 1

 

Durant cette courte période de bonheur, le comte et moi nous fîmes des projets et pensâmes à cette

nouvelle vie qui avait tant de belles choses à nous offrir. Le notaire nous rendit visite trois fois, afin

d'enregistrer officiellement les désirs du propriétaire du domaine. Aux habitants du village, il leur

annonça que le châtelain avait un fils.

Le garde

champêtre leur déclara que dès qu'il serait rétabli, il organiserait une grande fête au château en son

honneur. Toutes les personnes qui désiraient y participer étaient les bienvenues.

Le petit comte que j'étais désirait ardemment que son vrai père redevienne l'homme vigoureux qu'il

avait connu jadis. Ensemble, main dans la main, nous devions marcher et hurler notre bonheur dans

ce paradis où le soleil rayonnait et nous promettait de belles et longues journées.

Je ne pensais plus

à la mort de cet homme, comme je le fis du vivant du mari de ma mère, car maintenant je me sentais

vraiment libre et disponible pour naviguer sur l'océan du grand bonheur qui s'offrait enfin à moi.

Ce paradis tant désiré n'était plus un rêve pour moi, car je possédais la clef et je pouvais en jouir à

ma guise. Mais le destin, lui, il en décida autrement.

 

Il était écrit quelque part dans les cieux, que le

petit Norbert ne deviendrait peut-être jamais l'héritier du château des Trois fontaines.

Après l'enterrement du comte de Monchavet, je dus quitter le château et attendre que le notaire me

convoque pour régler la succession, car pour devenir l'héritier de cet homme très fortuné, il me

fallait maintenant aller affronter ma mère, parce qu'elle détenait la clef de l'héritage.

 

Après avoir

connu deux mois d'intense bonheur, j'allais maintenant devoir

replonger dans mon univers pathétique.

Je dus aller voir ma mère que je détestais de toutes mes forces, parce qu'elle ne m'avait jamais ni

aimé ni embrassé une seule fois dans ma vie. Ensemble, nous restâmes une heure, à parler et à se

jeter à la face des horreurs. Elle avait bu pour noyer son chagrin, car la mort du châtelain avait

définitivement détruit son rêve.

 

Jamais elle ne deviendrait l'épouse de ce noble qu'elle avait tant aimé. Elle tenait mon destin de

dans le creux de sa main, et le brisa en mille morceaux. Elle piétina et broya l'enfant qu'elle avait eu

avec le comte de Monchavet.

Elle me dit qu'elle était la fille de Ferdinand de Tilly, le jeune Baron de Tilly. Cette phrase ne fut pas

parlée, mais hurlée à en faire trembler les murs du taudis qui abritait cette pauvre femme usée et

vieillie prématurément par ses abus d'alcool.

 

Au début de la première guerre mondiale ma grand mère

maternelle était une belle jeune femme de dix neuf ans. Ses cheveux étaient magnifiques,

longs et blonds comme les blés. La beauté de ses yeux bleus ne laissait aucun homme indifférent.

Les parents d'un jeune baron, l'engagèrent pour soigner leur fils qui était veuf et avait été blessé à la

guerre.

 

Page 10 . Chapitre 1

 

La jeune infirmière tomba follement amoureuse de ce beau et grand Baron. Mais dès qu'il fut de

nouveau apte à reprendre du service, ce noble qui avait promis le mariage à cette mignonne petite

jeune femme, il ne tint pas sa promesse. Afin de dédommager celle qu'il avait aimée durant cette

période de guerre, ses parents lui présentèrent un homme de son milieu. Un domestique, honnête et

dévoué, qui acceptait d'épouser cette fille mère, pour élever l'enfant qui naquit de cet amour interdit.

Quand l'enfant vint au monde, on lui donna un petit logement sur les terres du château.

 

Ma grand-mère dut accepter cette offre, parce que les vieux parents du Baron refusèrent ce mariage

qui ne leur semblait pas convenable. Résignée et meurtrie dans sa chair, elle épousa le petit berger

du château qui était un brave garçon. Les années s'écoulèrent paisiblement. Ma mère eut la chance

d'avoir une enfance très heureuse, car ses parents l'élevèrent

comme une petite princesse.

 

Elle apprit, dès qu'elle fut en âge de comprendre les choses de la vie, qu'elle était la fille naturelle du

jeune baron du château. Elle passa toute son enfance sur le grand domaine du château de Tilly, où

elle rêva qu'un jour, peut-être, elle deviendrait elle aussi une princesse.

Mais son rêve fut de courte durée, car quand lui vint l'âge où toutes les jeunes filles doivent se

choisir un mari, elle fut bien déçue d'apprendre que jamais un prince ne la demanderait en mariage,

parce qu'elle n'était que la fille d'un petit berger sans le sous. Elle ne se résigna pas et chercha un

moyen pour pénétrer dans ce monde magique de la noblesse.

 

Quelques années avant la deuxième guerre mondiale, son père dut quitter le château de Tilly, parce

que son employeur n' avait plus de travail pour lui. Le Baron le fit engager à dix kilomètres de son

domaine " au château des trois fontaines", chez le comte de Monchavet.

 

Quand ma mère arriva dans ce nouveau château avec ses parents, elle fut aussitôt engagée par le

comte, comme femme de compagnie. Une nouvelle vie pleine d'espoir commença, et de nouveau

elle se mit à rêver au monde de la noblesse, où elle désirait toujours s'y faire une place de choix.

Le comte de Monchavet s'attacha très vite à ma mère, qui était mignonne et rayonnante de vie. Il lui

apprit que son épouse était très malade et qu'elle ne reviendrait peut-être jamais au château, parce

que les docteurs ne parvenaient pas à la guérir. Le châtelain adorait sa femme et désirait avoir

beaucoup d'enfants avec elle. Ma mère aima cet homme en pensant qu'elle avait enfin trouvé son

prince charmant.

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