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Son père qu'il adorait ne lui ordonna jamais de travailler, il le fit instinctivement trouvant que cela

était très naturel de se rendre utile à la maison. Il aimait prendre la charrette à bras, et celle où il

pouvait y atteler son vieux cheval noir, pour partir y faire des livraisons au palais qui était à plus de

trois kilomètres de leur maison. Dans ces voyages, il était toujours

accompagné de son gros chien loup blanc, qui le protégeait des animaux de la forêt où il devait y

passer pour se rendre au palais. L'hiver les loups sortaient de la forêt pour chercher de la nourriture.

 

Le petit Alexandre avait peur de ces animaux, il les trouvait impressionnants et agressifs parfois.

L'été, il lui arrivait de faire plus de trois voyages dans la journée. Il charriait aussi du bois pour

l'hiver, et des choses de très grandes valeurs. Souvent, son père lui donnait des objets très précieux à

livrer au palais, c'était une livraison très délicate car il devait aussi

conditionner ce qui semblait être très fragiles.

 

Dans ses livraisons, il y avait beaucoup de céramique antique très ancienne et de la poterie russe. Le

petit livreur était très doué pour ce genre de chose, et son papa lui avait appris tout cela, ainsi que sa

douce maman Natacha, qu'il appelait tendrement Nina. Alexandre aimait parcourir les trois

kilomètres qui le séparait du village au grand palais du prince, car souvent sur sa route il rencontrait

la petite princesse, Gena Antipova, qui avait deux ans de plus que lui.

Cette gamine, était très mignonne et gracieuse, il la trouvait à son goût. Il aurait bien aimé visiter le

palais où habitaient ses maîtres, mais cela lui était strictement interdit.

 

Lui, il ne pouvait qu'entrer

dans la partie réservée aux domestiques, et jamais ailleurs. Ses parents, eux, ils avaient le droit d'y

pénétrer, à la fin de chaque hiver pour y faire le grand ménage. Les maîtres partaient quelques

semaines pour Saint Petersbourg. Ses parents lui avaient décrit en détail l'intérieur de ce palais où

vivait cette famille de la haute noblesse, qui était très riche et puissante.

Le petit livreur de bois pensait que, peut-être, un jour, il parviendrait à pénétrer dans ce palais qui le

faisait tant rêver. Souvent la nuit, il rêvait qu'il dansait dans le grand salon avec la petite Princesse

Gena. Il se transformait en petit prince l'espace d'un instant, il se voyait aussi à ses côtés,

chevauchant un superbe étalon noir. Avec sa petite princesse, ils passaient leurs journées à se

promener dans cet immense domaine.

 

Mais malheureusement pour lui, tout cela n'était qu'un rêve, le jour il se retrouvait frustré et tirant sa

lourde charrette de bois. Alexandre enfant était un grand rêveur, ne sachant ni lire ni écrire, il

composait des poèmes dans sa tête pour rendre sa vie moins monotone.

 

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Pour que lui vienne l'inspiration et l'imagination, il regardait les images des livres chez l'épicier,

cela le transportait loin de ce petit village où régnait l'injustice, l'ennui et la tristesse. Un jour, il

essaya de parler à la petite princesse, mais il faillit être puni car le prince refusait que les enfants des

domestiques parlent à sa fille. Le comportement stupide de ces gens le rendit haineux et il les

méprisa de toutes ses forces, en pensant que Dieu les punirait un jour.

 

Désormais, il ne pouvait plus rêver ni parler à cette princesse qu'il aimait tant et qui offrait un peu

de douceur et de tendresse à sa vie. Il devrait garder son amour pour une gamine de son milieu de

pauvre qui était le sien. Pourtant, avec amour et passion il avait composé dans sa tête de si beaux

poèmes qu'il aurait aimé faire connaître à sa bien-aimée. Il était si jeune, et déjà dans son petit esprit

si pur et innocent, il commençait à méditer et à élaborer un plan de vengeance contre ce prince qui

le frustrait de son amour qu'il ressentait pour sa fille Gena.

 

Les membres du village l'appelaient " petit prince Alexandre". Mais lui, il ne comprenait pas

pourquoi on l'appelait ainsi. Dans sa tête, il se disait : "Je suis le petit prince des pauvres, oui,

certainement". Malheureusement cela ne le satisfaisait pas du tout, car il voulait être comme ces

nobles. La petite princesse l'aimait certainement tout autant que lui, et il le sentait bien

quand ils se croissaient sur le chemin de terre qui menait au palais. Le prince Antipova ne pouvait

pas les empêcher de se regarder tendrement lorsqu'ils passaient l'un près de l'autre.

 

En1909, au mois de mai, le petit Alexandre fêta son douzième anniversaire. Il ressemblait déjà à un

petit homme, il avait grandi et forci si vite. Cet enfant devenu homme avant l'âge, il commença à se

faire remarquer dans son petit village où il y faisait figure de petit agitateur. Son comportement

agaçait le maître, surtout quand il réunissait tous les gamins de son village et les divisait en deux

camps : où d'un côté il y avait les gueux et de l'autre les nobles, et ensemble, ils simulaient des

combats violents.

 

Un jour, le prince se fâcha, il menaça le père d'Alexandre. Il lui dit que son fils devait cesser ses

jeux ridicules, sans quoi on les chasserait rapidement du village. Alexandre ne fut pas grondé par

son père, mais il cessa immédiatement ses jeux qui le divertissait, car il avait un tempérament

d'agitateur et de petit révolutionnaire.

 

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Un jour, il se réveilla de très bonne heure, il ressentit en lui comme une sensation bizarre. C'était

comme un pressentiment qui annonçait probablement une chose, bonne ou mauvaise. Cette chose,

quoi qu'elle fût, allait s'abattre sournoisement sur lui et tout particulièrement dans cette nouvelle

journée. Il sortit dehors pour se charger les poumons d'air frais, il trouva que cet air là n'avait pas ce

même parfum habituel. Ce changement l'inquiéta vivement.

 

Ses parents se levèrent un quart d'heure après lui, et son père vint le rejoindre au bord de la rivière.

Quand il le vit assis au bord de l'eau, le visage livide et triste, il crut que son fils était malade. Pour

s'en assurer, il passa sa main sur son fond, mais aussitôt il constata qu'il n'était pas fiévreux. Il lui

conseilla vivement d'absorber un copieux petit déjeuner avant de

préparer sa charrette pour partir au palais afin d' y livrer un petit chargement.

 

Il partit vers les huit heures trente, car à cette heure là il pensait pouvoir rencontrer la jeune

princesse qui se promenait sur les chemins de terre, chevauchant son beau cheval noir. Tous les

matins quand le temps le permettait, effectivement, elle se promenait chevauchant ce beau cheval

que lui avait offert son père pour ses quatorze ans. Elle faisait le tour du lac qui était à plus d'un

kilomètre du palais, ensuite elle regagnait le chemin où passait Alexandre avec son précieux

chargement.

 

Cet endroit c'était leur paradis, et personne ne savait qu'ils s'y rencontraient. Cette rencontre était

très furtive et innocente. Ce jour-là, le destin d'Alexandre allait se transformer brutalement et le

plonger dans un autre univers. Dès que son petit déjeuné fut terminé, il s'attela à sa charrette à bras

qui contenait un chargement de poterie et de bois, il s'engagea sur le chemin qui conduisait au

palais. Bizarrement, ce matin-là, son gros chien loup blanc qui ne le quittait presque jamais, avait

disparu de la maison.

 

Quand il eut marché sur plus de deux kilomètres, brusquement, il entendit des craquements de bois

secs, venant de branches de bois morts piétinées : c'était deux énormes loups sortant du petit bois

qui était près du petit lac. A cet instant, la princesse arriva sur le chemin, chevauchant son bel étalon

noir. L'animal effrayé par le bruit, se cabra aussitôt et prit la

direction du lac. En passant au bord de cette nappe d'eau visqueuse et boueuse, il éjecta la Princesse

afin de courir plus vite et pour échapper aux loups qui se dirigeaient vers lui en pourchassant deux

lapins.

 

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Elle fut précipitée dans un endroit profond, et pour comble de malchance, elle ne savait pas nager.

Pour ne pas se noyer, elle se débattit énergiquement, mais ses forces l'abandonnèrent rapidement,

elle coula au fond du lac. Alexandre alerté par les hurlements de sa belle princesse, se précipita vers

elle pour la sortir de l'eau. Lui non plus, il ne savait pas très bien nager, mais ce jour-là il réussit

quand même à plonger et à ramener sur la berge la pauvre noyée. Très vite, il prit l'initiative de lui

faire un bouche à bouche pour lui faire cracher l'eau qu'elle avait avalé. Il la mit sur sa charrette à

bras, en ayant prit soin d'y ôter son précieux chargement. Il courut très vite pour la déposer au

palais.

 

Il ne lui restait plus qu'un kilomètre à parcourir pour l'atteindre. Très longtemps après, il se souvint

de cette course rapide et folle, où jamais dans sa vie il ne courut aussi vite. La petite Princesse fut

rapidement sauvée, et cela grâce à lui le banal petit livreur qu'il était à cette époque-là. Par chance le

docteur de la famille était au palais.

 

La princesse mère attendait un enfant, et le docteur passait la voir tous les matins pour s'assurer de

sa santé qui était si fragile. Le petit Alexandre comprit enfin ce qu'était cette angoisse qui vint lui

torturer l'esprit au petit matin.

Ce jour bénit des dieux, fut pour lui la naissance du petit prince, car cet acte héroïque allait bientôt

faire de lui le prince héritier du palais. Ce jour-là, le prince Antipova n'était pas dans sa demeure,

mais il apprit très vite la nouvelle.

 

Une note fut déposée sur son bureau, lui apprenant une mauvaise et une bonne nouvelle. Sa fille

s'était noyée et avait été sauvée par le fils d'un de ses domestiques préférés. Ce prince à l'apparence

inhumaine et un tantinet sadique envers ses fermiers, adorait et vénérait sa fille aînée, il la couvrait

de somptueux cadeaux. Quand il lut cette note, alors il en fut

profondément bouleversé, et il pleura.

 

Après avoir déposé la noyée au palais, Alexandre repartit aussitôt sur le chemin de terre pour y

récupérer son précieux chargement. Le docteur la prenait en charge, alors maintenant il n'avait plus

qu'à s'en aller, sachant pertinemment qu'il ne pouvait rien faire de plus pour elle. Il revint lentement

au palais pour y vider sa charrette. Quand la princesse mère le vit arriver, elle se précipita toute

excitée vers lui, elle le prit dans ses bras, elle l'embrassa pour le remercier de son acte héroïque qu'il

venait d'accomplir en ce beau matin de printemps.

Alexandre confus et intimidé, ne comprit pas pourquoi sa maîtresse l'embrassait et le serrait si fort

contre sa volumineuse poitrine. Jamais dans sa vie cette femme ne lui avait prêtée la moindre

attention.

 

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Pour ces gens-là, il n'était qu'un domestique et un gueux parmi tant d'autres. Surpris par ce

débordement intempestif d'affection que la princesse mère lui accordait subitement, il lui dit d'un air

désabusé : " Maîtresse, je n'ai rien fait d'extraordinaire, j'ai fais ce que n'importe qui aurait fait à ma

place. La princesse étonnée, le regarda droit dans les yeux et lui répondit : "Tu es bien une graine de

petit prince, ton courage confirme la prédiction du prêtre".

 

Elle ne savait comment le remercier tellement sa dette était immense. Puis sans prendre le temps de

réfléchir, elle ajouta : "Désormais, le prince Antipova et moi-même, nous te désignons comme

faisant partie de notre très noble famille. Prince Alexandre Anatolièvna Antipova, à partir de ce jour,

tu deviens un membre de la haute noblesse Russe.

Cela voulait dire qu'à cet instant précis, l'entrée du palais lui était désormais autorisé. La Princesse

mère lui ordonna d'entrer immédiatement pour aller voir dans sa chambre la petite princesse Gena

qui se remettait lentement de sa noyade. Il resta un moment devant elle, comme pétrifié et paralysé.

 

Non, vraiment, il ne réalisait pas ce qui lui arrivait, si soudainement, car le ciel venait de lui tomber

sur la tête. Comment pouvait-il entrer dans ce Palais où cela lui avait été interdit pendant douze ans.

La princesse mère le prit par la main et l'emmena presque de force auprès de celle qu'il aimait en

secret depuis toujours. Une nouvelle vie s'ouvrait subitement devant lui, mais le pauvre, il se sentait

comme perdu et intimidé à l'idée d'entrer dans ce palais. Il pénétra enfin dans cette grande demeure

de princes et de princesses. Il était si mal habillé, ses vêtements étaient encore mouillés. On ne lui

donnait pas le temps de se sécher, ni de se changer. Le jeune Alexandre avait honte de se présenter

ainsi devant la petite princesse.

 

Il avança lentement, laissant derrière lui des traces d'eau boueuse sur son passage, où aussitôt un

domestique se chargeait d'essuyer les souillures qu'il imprimait sur le parquet ciré. Oh combien il se

sentit pitoyable et malheureux d'être dans cet état là. Il arriva enfin devant la porte entrouverte de la

chambre de celle qui l'attendait impatiemment pour le remercier de lui avoir sauvé la vie.

Une voix douce de jeune fille se fit entendre :

-- Entrez petit prince Alexandre, mon bon sauveur!", lui dit la jeune princesse qui semblait tirée

d'affaire.

 

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Maintenant elle pouvait lui parler, à lui, le fils de domestiques. Il pensait que s'il ne lui avait pas

sauvé la vie, jamais il n'aurait pu lui parler à cette créature qui vivait dans un autre univers. Un bel

et magnifique univers où il n'y avait pas de place pour les enfants de domestiques, que Dieu avait

mis au monde pour servir ces gens de la noblesse. Il s'avança doucement vers elle. Quand il fut tout

près de son lit, une domestique fit asseoir la princesse confortablement.

 

Alexandre n'osa pas engager une longue conversation, il se sentit comme paralysé devant elle et

tout ce luxe qui l'aveuglait et l'assommait de ses mille lumières. Jamais de sa vie il n'avait vu autant

de merveilles, il découvrait pour la première fois ce beau palais où il s'y sentait comme plongé dans

un rêve. Il demanda à quitter la chambre de la princesse, lui promettant de revenir quand il se

sentirait mieux et serait plus présentable. La princesse mère confuse s'excusa et l'emmena à la

lingerie en disant qu'elle regrettait de ne pas l'avoir fait plus tôt. Cette pauvre femme était dans tous

ses états. Ce sauvetage provoqua en elle une immense agitation et un grand bouleversement.

 

On lui fit ôter ses vêtements mouillés et usés, on lui offrit des secs qui étaient presque neufs. Avant

de se vêtir de ces beaux vêtements, il prit un bain chaud. Quand il fut propre, il put se parer comme

un petit prince. Tous ces beaux vêtements avaient appartenu à un neveu de la famille Antipova, il ne

les avait mis que deux fois seulement. Après s'être lavé et habillé de neuf, il passa à la cuisine pour

y manger de bons gâteaux. Quand il eut fini d'avaler cette riche nourriture, il se sentit enfin en

condition, il demanda à revoir la petite princesse.

 

Ils restèrent un très long moment ensemble, il put lui faire connaître ses beaux poèmes, imaginés et

composés spécialement pour sa bien-aimée. Comme ils ne pouvaient jamais se parler quand ils se

rencontraient dans leur petit coin de paradis, il disait ses poèmes à son chien. L'animale le regardait

comme s'il comprenait les mots que son petit maître sortait de sa bouche. Maintenant il pouvait lui

parler et l'aimer à volonté, car ce qui était défendu hier, ne l'était plus aujourd'hui. Le temps s'écoula

beaucoup trop vite à son goût, il dut quitter à regret ce beau palais, car ses parents devaient

s'impatienter de sa si longue absence.

 

La princesse mère lui dit qu'elle viendrait dans quelques jours avec son époux, le prince, pour parler

avec ses parents de ce qui avait été promis. Il récupéra sa charrette, puis il prit le chemin du retour.

Quelle belle et merveilleuse matinée il venait de vivre. Tout le long du chemin, il contempla ses

beaux habits et ses belles chaussures toutes neuves, il ne marcha pas trop vite pour ne pas les

abîmer. Quand les habitants du village le virent arriver ainsi vêtu, ils n'en crurent pas leurs yeux. Un

gamin se mit à hurler en le voyant : "Venez voir, vous autres! Alexandre a rencontré en chemin une

fée et elle l'a transformé en petit prince!".

Quand ses parents le virent arriver ainsi vêtu, eux aussi, furent très choqués et ne comprirent pas ce

qui se passait en cet instant.

 

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Il leur dit à tous que l'on devait maintenant l'appeler, prince Alexandre, Anatolièvna-Antipova, parce

que la princesse mère l'avait ordonnée. Ils vinrent tous lui baiser la main droite, car pour tous ces

gens, dans cette matinée exceptionnelle il s'était produit un miracle.

Après cette longue agitation qui s'empara de tout le village, il put leur apprendre à tous qu'il avait

sauvé de la noyade la petite princesse qui s'était enfoncée dans la vase au fond du lac. Maintenant

dans ce village on comprenait ce qui s'était passé en cette matinée vraiment très spéciale. Les

parents d'Alexandre étaient émerveillés du comportement de leur fils. Une semaine après cet

important événement, le prince Antipova vint rendre visite à la famille Anatolièvna. Il s'approcha

d'Alexandre et le félicita vivement pour son acte héroïque. Il dit aux parents qu'ils pouvaient être

très fiers d'avoir un tel fils.

 

Le prince leur remit une bourse de cuir garnie de pièces d'or, et cela en guise de remerciement. Il

confirma ce qui avait été dit par son épouse dans un moment de grande agitation. C'est à dire qu'il

devenait un membre à part entière de la noblesse et de la famille Antipova. Il amena avec lui les

papiers signés et les remit au père. Boris et Natacha Anatolièvna se mirent à

genoux pour remercier le généreux prince. Le prince leur dit : "Relevez-vous, braves gens. A partir

d'aujourd'hui il ne faudra plus vous courber devant moi en me voyant, car vous êtes les parents du

jeune prince Alexandre".

 

Maintenant la famille Anatolièvna devait se préparer à vivre une nouvelle vie, et le petit prince

Alexandre allait devoir se rendre au palais pour y recevoir une éducation digne de son nouveau

rang. Au palais, on allait rapidement lui apprendre à lire et à écrire. A partir de ce jour, le destin de

cette famille se trouva complètement bouleversé. Ces gens qui avaient vécu

dans la misère se retrouvèrent subitement plongés dans un autre univers. Ils quittèrent leur maison

de domestiques pour une petite maisonnette de gens disposant de moyens financiers permettant de

vivre une existence de petits bourgeois.

 

Le père d'Alexandre construisit un atelier à côté de sa nouvelle maison. Cet artiste habitué à

travailler ne désirait pas abandonner son beau métier de restaurateur d'objets d'art. Pendant plus d'un

an, le nouveau petit prince put apprendre à lire et à écrire. On lui enseigna rigoureusement les

bonnes manières qui étaient indispensables pour vivre dans la haute

noblesse russe. Tous les matins, à huit heures, un domestique vint le chercher pour le conduire au

palais afin d'étudier avec des professeurs que le prince faisait venir de Saint Petersburg.

 

Le soir, quand il rentrait à la maison, il se transformait en professeur et apprenait à lire et à écrire à

ses parents qui étaient analphabètes. Ces gens mirent plus de six mois pour s'adapter à leur nouvelle

vie. Tous les jours les habitants du village venaient voir ces nouveaux petits bourgeois qui avaient

été pauvres eux aussi. Le père leur distribuait de la nourriture, et la mère leur fabriquait des

vêtements chauds pour l'hiver, avec le beau métier à tisser qu'elle avait acheté et fait venir de

Moscou.

 

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En 1910, Alexandre dut partir pour un long voyage avec toute la famille Antipova. Ils partirent pour

Saint Pétersbourg, où le prince possédait un hôtel particulier et quelques affaires : commerces,

galeries d'art, etc.. Ce fut la première fois de sa vie qu'il quitta ses parents pour une si longue

période. Cette séparation lui causa un énorme chagrin. Il partit faire la connaissance des membres

de la famille du prince, qui désiraient le connaître et se languissaient de voir ce courageux jeune

homme qui avait sauvé la vie de la petite princesse.

 

Cette année-là, il s'en alla réellement à la découverte d'un nouveau monde, il ne connaissait rien de

cet immense pays où jamais il n'était sorti des limites de ce village où il y vivait depuis sa

naissance. Les seules choses de la vie vécues dans cette très grande Nation, et qui lui furent

dévoilées, il les vit uniquement dans les images des quelques livres qu'on voulut

bien lui montrer.

 

La princesse Gena lui raconta tout ce qu'il verrait réellement dans son grand voyage à travers la

Russie, et pour lui donner un avant goût de ce qu'il découvrirait, elle lui montra des photographies

des villes et des palais qu'elle avait visités.

Quand il découvrit enfin toutes ces beautés qui lui étaient restées cachées jusqu'à l'âge de treize ans,

alors il ouvrit tout grands ses yeux et oreilles pour y emmagasiner tout ce qui pouvait être vu,

entendu, et étaient beaux dans ce grand voyage. Il resta de longues heures, contemplatif, et ayant le

nez collé sur la fenêtre du train pour admirer les beaux paysages qui

défilaient devant lui. Cette orgie de belles choses excitait son imagination. Elle était d'ordinaire très

active, elle en fut d'avantage active et le motiva à composer de nouveaux poèmes pour sa princesse

Gena.

 

Ils s'absentèrent l'espace de deux longs mois. Les parents d'Alexandre s'inquiétèrent de cette si

longue absence, et cela les plongea dans d'horribles moments de tristesse. Natacha sa maman pleura

presque tous les jours, parce qu'elle pensait qu'on lui avait enlevé son fils pour toujours.

Cette famille Antipova n'avait pu avoir de garçon, Alexandre fut adopté pour devenir le prince

héritier. Après plus de soixante dix jours de séparation, leur fils les informa que prochainement il

serait en route pour le palais, il expliqua dans sa lettre qu'il passait de très bons moments en

compagnie des membres de la famille du prince.

 

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Ils l'avaient tous adoptés, l'aimaient, le trouvaient racé, grand, beau et intelligent. Durant cette

période, il apprit à danser avec la princesse Gena. Il invita des princesses et des princes de la haute

société, dans des soirées organisées en son honneur. Cette vie le passionnait énormément, il avait

découvert son paradis. Tous ces gens huppés aimaient ses poèmes

adroitement composés en l'honneur du tzar et de sa famille. Il termina sa lettre en disant à ses

parents que dans quelques jours il serait de nouveau avec eux à la maison.

 

Il avait vraiment hâte de les prendre dans ses bras pour les embrasser très fort. Le petit prince

Alexandre retrouva ses parents adorés et tous ses bons amis, il leur annonça qu'un nouveau départ

devait avoir lieu dans quelques semaines. Ce serait cette fois-ci avec ses parents. Son destin le

poussait ailleurs, il devait entreprendre de longues études. Mais pour cela il devait quitter cet

environnement qui le vit naître, lui et ses ancêtres.

 

Ses parents se sentirent prêt à le suivre. Ils savaient lire et écrire, ils semblaient s'être bien habitués

à cette vie de petits bourgeois, ils pouvaient s'en aller vivre à la grande ville avec leur fils. Le prince

Antipova possédait aussi un grand immeuble à Saint Pétersbourg, où il y avait un appartement de

libre pour eux. Pour l'occuper, ils devaient seulement emporter avec eux, que quelques affaires

personnels. Dans cette grande ville, le père d'Alexandre pourrait s'il le désirait travailler ou diriger

un atelier d'art, et sa mère s'occuperait à la broderie et la tapisserie.

 

Ces activités là, c'était sa grande passion. Il n'y avait aucune raison que ces gens refusent cette offre

si généreuse venant du prince qui fut leur ancien maître. Cette nouvelle vie allait être merveilleuse

pour leur fils, ils ne feraient rien qui puisse détruire les beaux projets qui naissaient tous les jours en

lui.

La vie de leur unique enfant semblait être sacrée et la leur n'avait aucune importance à leurs yeux,

ils ne se sentaient nullement autorisés à la lui gâcher stupidement en ne pensant qu'à leur bien-être.

Maintenant une nouvelle existence s'ouvrait devant eux, mais avant de quitter leur village pour

toujours, ils allaient devoir se séparer de leurs bons amis. Ils s'aimaient tant, et avaient vécu dans la

même galère qu'eux.

 

Le jour du grand départ arriva, et ce fut un moment extrêmement difficile et douloureux à vivre, ils

s'arrachèrent à leurs racines, à cette terre qui les avait vues naître et grandir, eux et leurs ancêtres. Ils

abandonnèrent ceux qui étaient et ceux qui n'étaient plus de ce monde, et cette cruelle séparation

leur brisa le coeur. Ils partirent vers de nouveaux horizons et vers une nouvelle vie. Serait-elle

meilleure ou pire que celle qu'ils connurent jadis? Seul Dieu connaissait la réponse.

 

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Les parents d'Alexandre s'habituèrent très vite à leur nouvelle vie. On ne s'habitue jamais à la

misère, mais à la vie de petit bourgeois, on s'y fait volontiers et très vite. En 1914, à Saint Petersbourg,

cette année-là, la famille Anatolièvna semblait

bien installée dans cette ville, mais les choses allèrent se gâter très vite, surtout pour la classe

ouvrière. La Russie était à cette époque un pays en plein développement économique, et des milliers

de paysans sans travail vinrent s'installer dans les villes afin d'y trouver un emploi dans les

fabriques.

 

Mais la guerre allait entrer dans ce pays, pour y semer misère et désolation, et aussi pour y faire

éclater une révolution. Alexandre, à cette époque-là, il passait une grande partie de son temps à

étudier, le droit et les sciences politiques, où tantôt, on le trouvait à Moscou, et tantôt à Saint

Pétersbourg. Le prince Antipova passait beaucoup de temps avec son fils héritier qu'il adorait, il lui

apprenait son métier de conseiller auprès du tzar, et aussi celui d'hommes d'affaires. Il n'avait que

dix sept ans, mais il en paraissait quatre de plus.

 

Comme il était loin déjà le temps où il poussait sa lourde petite charrette à bras. La Russie allait

entrer en guerre, et lui il avait réussi beaucoup d'examens, il brûlait les étapes si rapidement. La

jeune princesse Gena qui avait deux ans de plus que lui, elle ne parvenait pas à le suivre dans les

études qu'ils entreprenaient ensemble. Le prince Alexandre, comme il se

faisait maintenant appeler dans la haute noblesse de l'époque, il devint très vite le conseiller d'affaire

du prince Antipova, car il s'y montrait plus brillant et plus doué que lui.

 

Les parents d'Alexandre, eux, menaient une vie calme et heureuse, ils ne manquaient de rien.

Parfois leur fils s'étonnait de leur comportement, car ils se prenaient maintenant pour de vrais

grands bourgeois. Il les surprenait à parler et à se conduire comme eux, et ils en prenaient aussi les

mauvaises manières. Mais il était si fier d'eux, alors il les couvrait de cadeaux et

d'affection. Rien ne semblait être trop beau à ses yeux, pour ce papa et cette maman qu'il adoraient

et vénéraient comme des dieux vivants.

 

A cette époque, il commença à fréquenter les milieux de la politique, parce que les membres du

gouvernement étaient tous des amis du prince. Mais très vite, il s'aperçut en les fréquentant que ces

gens étaient des êtres profondément corrompus par l'argent et le système en place, où trop souvent

et injustement ils bénéficiaient de ses largesses.

 

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Ces gens ne pensaient qu'à s'enrichir et à exploiter les classes laborieuses, ils les méprisaient et

n'hésitaient pas à les faire tuer quand ces malheureux travailleurs se lançaient dans des

manifestations pacifiques. Les agissements odieux de ces gens-là, cela le rendait malade et le

révoltait parfois. Mais il aimait la politique. Il l'étudiait assidûment et fréquentait tous les grands

politiciens. Après la déclaration de guerre en août 1914, il commença à fréquenter tous les grands

clubs de partis politiques, il fit la connaissance de jeunes étudiants bolcheviks et de quelques

anarchistes.

 

Un soir, accompagné de la belle princesse Antipova, il se présenta à une réunion organisée par un

groupe de jeunes étudiants bolcheviks. Ces étudiants n'apprécièrent pas la présence de ces jeunes

gens issus de la noblesse, parés de vêtements de très grandes valeurs. Promptement, il sut les mettre

à l'aise en leur racontant son passé de fils de domestiques qu'il fût jadis au service du prince

Antipova. Rapidement, il sut les séduire et se faire accepter dans ce cercle de bolcheviks. Alexandre

et la princesse Gena, formaient un jeune couple harmonieux et vivaient ensemble un amour ardent

et passionné.

 

La princesse le suivait partout où il allait, et avec lui elle n'avait jamais peur. Il dépassait le mètre

quatre vingt dix et c'était un grand sportif doté d'une imposante musculature. En 1915, il commença

à fréquenter un club d'anarchistes très actifs, il en devint lui aussi un membre très actif. Toutes ces

réunions d'hommes qui venaient des classes laborieuses, cela le fascinait et lui rappelait son passé

de pauvreté, où ses parents y subirent quelques humiliations.

 

Lui et sa princesse, ils organisèrent des réunions d'anarchistes et ils devinrent des agitateurs. Un

jour, emportés par la colère et ne supportant plus toutes ces injustices qui accablaient le petit peuple,

ils se mirent à injurier les hommes qui entouraient le tzar. Un soir, la police les arrêta tous les deux.

Voyant qu'ils possédaient une carte d'un club de la haute noblesse et que c'étaient les enfants du

prince Antipova, le conseiller du tzar, les policiers s'empressèrent de s'excuser et les reconduisirent

aussitôt à leur domicile.

En 1916, des amis d'Alexandre, des bolcheviks s'engagèrent dans l'armée

pour aller combattre les allemands, ils obéissaient au parti en

s'engageant dans cette guerre. Mais lui, il n'avait pas l'intention de partir se battre dans un conflit

qui ne l'intéressait pas. Il pensait pouvoir préparer un autre combat avec les Bolcheviks : la

révolution. Pour Alexandre et ses amis, la guerre ouvrirait prochainement la porte au socialisme, et

cela se ferait très vite.

 

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Les bolcheviks se sentaient capables de renverser le gouvernement et de prendre le pouvoir. Quand

ils seraient parvenus à leur fin, ils balayeraient toute cette misère qui affamait des millions de

pauvres gens dans cette société inhumaine. Alexandre avait une vision politique bien différente sur

l'avenir de la Russie. Mais pour l'instant, il se contentait de crier avec les bolcheviks : " vive la

révolution, et à bas le tzar!". Il rêvait qu'un jour, peut-être, il deviendrait un grand homme politique,

et que de cette Russie qui était chère à son coeur, il en ferait un grand pays moderne et libre.

 

De 1915 à 1917, il commença à rassembler des ouvriers d'usines, des paysans et des petits artisans.

Pour ne pas nuire aux membres de sa famille, ses réunions demeurèrent secrètes. Il créa au début de

l'année 1917, un groupement politique, qui s'appela "L'union des classes laborieuses". En octobre,

lui et les membres de son groupement, ils participèrent à

l'insurrection organisée par les bolcheviks. A la fin du mois d'octobre, Lénine tenait Petrograde et

Moscou, mais il ne gouvernait pas encore sur toute la Russie, car il lui restait à anéantir les ennemis

de la révolution.

 

Les bolcheviks allaient devoir se débarrasser des Russes blancs. Alexandre était trop jeune à cette

époque-là pour se lancer dans la course au pouvoir. Que pouvait-il faire avec une petite poignée

d'adhérents? Mais son destin allait basculer dans l'horreur, car au début de l'année 1918, la

princesse, Gena Antipova, tomba gravement malade.

Au printemps, elle mourait foudroyée par une crise de méningite.

Alexandre se retrouva seul et désespéré. Cette jeune princesse avait pris une place très importante

dans sa vie, et maintenant tout s'effondrait pour lui. Ainsi sa vie se brisa brusquement en mille

morceaux, et le beau prince perdit sa belle princesse, il monta sur son cheval blanc et s'en alla au

loin dans la campagne, dans la famille de sa bien-aimée.

 

Pendant

plus de trois mois, il se mit à boire pour oublier et noyer son immense chagrin qui lui torturait le

corps, jour et nuit.

Dans la journée, il partait dans la campagne, il se mettait à hurler pour exprimer sa colère et son

immense désespoir. Un membre de sa famille Antipova, l'aida à surmonter son douloureux chagrin

qui semblait vouloir l'enfoncer dans le néant. Ses parents étaient à ses côtés, mais impuissants et ne

sachant que faire pour soulager les souffrances de leur fils. En 1918, il s'engagea dans l'armée

rouge, où Trotski qui était un grand ami de sa famille, le nomma lieutenant et lui ordonna d'aller

massacrer tous les ennemis de la révolution.

 

Page 103 - Papa Alexandre Chapitre 5 -

 

De 1918 à 1920, il noya son chagrin dans cette révolution sanglante, où dans ces journées d'horreur

il buvait beaucoup de vodka. On le retrouvait presque tous les soirs dans un fossé, ivre mort. Ses

soldats le ramassaient et tentaient de le réconforter. Il mena cette vie d'enfer pendant deux longues

années. Sa belle princesse hanta ses jours et ses nuits de cauchemars, car l'amour qu'il avait pour

cette femme lui déchirait les entrailles. Il lui fallut plusieurs années pour se remettre de ce grand

chagrin d'amour.

 

En 1945, dans une ville de Normandie, il rencontra une nouvelle princesse et une nouvelle raison de

vivre. Les épisodes de la vie d'Alexandre se succédaient les uns aux autres, mais cette partie

spécialement dramatique de sa vie fut beaucoup plus difficile à écouter. Antoinette était en larme en

l'écoutant. Alexandre, pleurait en nous racontant sa vie. La disparition de cette merveilleuse

princesse qu'il avait tant aimée dans cette période de sa vie, c'était plus qu'un simple drame, c'était

une immense tragédie.

 

Quand arriva la fin de cette guerre civile, le camarade lieutenant Alexandre Anatolièvna revint

auprès de ses parents. Dès qu'il entra chez lui, ils réceptionnèrent une sorte de loque humaine, dont

le corps était entièrement imbibé de vodka. La mort de la princesse l'avait marquée au fer rouge et

aussi plongée dans le néant. Il retrouva ses deux familles. Ses parents la princesse Antipova et son

époux, qui était maintenant devenu un camarade directeur. Le parti l'employait au service social de

la ville de Pétrograde.

 

Cet ancien prince avait beaucoup changé, la révolution l'avait complètement transformé. Comme il

était loin le temps où il régnait en maître tyrannique dans son village et sur son immense domaine.

Ils semblaient tous s'être bien habitués à leur nouvelle vie, et le faite d'avoir été spoliés de presque

toute leur fortune, cela ne semblait pas trop peser sur leur

nouvelle vie. Le parti leur laissa quand même plus de la moitié des biens immobiliers qu'ils

possédaient, et cela à titre de remerciement envers Alexandre, qui lui, fit un excellent travail dans

cette guerre civile.

 

Enfin, le camarade lieutenant revint de sa sanglante aventure contre les ennemis de la révolution, et

pour le consoler de son immense chagrin d'amour, il n'avait pas trop de deux familles pour soigner

les plaies qui recouvraient son pauvre corps meurtri par des mois de souffrance. Il n'avait plus cette

allure impériale de grand et beau prince qu'ils connurent jadis.

Mais en si bonne compagnie il ne tarderait pas à retrouver une vie normale.

 

Page 104 - Papa Alexandre Chapitre 5 -

 

Il leur fallut plus de huit mois pour remettre ce malheureux soldat sur pied et lui redonner une

apparence d'être humain normal. Le parti se montra très généreux envers cet homme brillant et

dévoué. On mit à sa disposition le meilleur docteur de la ville. Après s'être merveilleusement bien

rétabli, il allait pouvoir repartir vers une nouvelle vie et de nouvelles missions. Le parti avait besoin

d'hommes comme lui. Il était très instruit et cultivé, et avait obtenu de nombreux diplômes dans les

universités, à Moscou. C'était un homme malléable, mais à surveiller très étroitement, car on savait

que c'était aussi un ancien membre de la noblesse.

 

La révolution avait fait fuir des centaines de milliers d'hommes très instruits, alors le peu qui restait,

il fallait les ménager afin qu'ils servent au mieux les intérêts des nouveaux dirigeants. La disparition

de sa fiancée l'avait complètement transformée, maintenant il ne rêvait plus de pouvoir ni de gloire,

il ne nourrissait plus d'ambition politique d'aucune sorte. De 1922 à

1925, il exécuta plusieurs missions, qui furent toutes très différentes les unes des autres. Il participa

à la construction du communisme, et cela ne fut certes pas une mission des plus faciles. Il dut

surveiller le système et sa structure qui se mettait en place, parce qu'il y avait des hommes qui

cherchaient à saboter cette construction ordonnée par Lénine.

 

Il pouvait choisir ses missions puis les abandonner quand il le désirait, mais s'il démissionnait le

parti risquait de le sanctionner très durement s'il n'invoquait pas de motifs valables. Un jour, Lénine

lui demanda d'aller dans les villages, afin de punir les paysans qui refusaient de se soumettre à sa

nouvelle politique économique. Certains paysans semblaient s'organiser contre le communisme et le

collectivisme qui se mettait en place. Quand il arriva dans un village avec des soldats de l'armée

rouge, ils durent y inspecter toutes les fermes pour voir si tout ce petit monde obéissait au parti et à

ses mesures de changement.

 

Les paysans semblaient terrorisés en le voyant, certains hurlaient et se sauvaient en courant avec

femmes et enfants. Alexandre avait à cette époque-là le grade de colonel. Un autre jour, il pénétra

dans son ancien village, où avec ses hommes ils vinrent pour y arrêter ceux qui avaient cachés une

grande partie de leur récolte et qui refusaient de la livrer aux coopératives de l'état. Mais ce jour-là,

il trouva son village presque désert. Un enfant de douze ans s'approcha craintivement de lui, et lui

dit : "Ils sont presque tous morts, camarades colonel !".

 

Alexandre descendit de cheval et se mit à hurler de rage et de frayeur. Un autre détachement de

soldats l'avait précédé, et on avait fait fusiller des paysans qui avaient inconsciemment détournés

une partie de leur récolte. On avait tué des hommes, on avait assassiné des personnes qu'il avait

connues et avec qui il partagea dans son enfance de grands moments

d'extrême pauvreté. Il se mit pleurer, à penser et à insulter Lénine et les membres de son

organisation maudite.

 

Page 105 - Papa Alexandre - Chapitre 5 -

 

Ils avaient osé s'en prendre à de pauvres et misérables paysans analphabètes, qui eux ne

connaissaient rien au collectivisme. On leur avait promis des terres, puis des montagnes de justice et

de liberté pour les braves travailleurs. Maintenant on les volait, on les massacrait et brûlait leurs

fermes, comme s'ils n'étaient que de vulgaires bandits. A cet instant même, il ne voulut plus

appartenir à cette armée de brigands et être au service de cet assassin de Lénine qui faisait tuer les

gens du peuple. Il ne comprenait plus rien à cette révolution qu'il avait voulu et ardemment servie

pour que les gens de son pays y découvrent le bonheur. Il ordonna à son lieutenant de prendre le

commandement de son unité, et promptement il quitta l'armée et cette horrible mission sur le

champ.

 

Une fois rentré chez lui, il n'osa pas en parler à sa famille, afin de ne pas les traumatiser en leur

racontant cette pénible affaire. Quelque temps après, il demanda au parti de lui rendre sa liberté.

Mais ils refusèrent de se séparer de cet homme qui devait obéir, sinon, il perdait tous les avantages

que lui offrait le parti, à lui et sa famille. Lénine le tenait et ne voulait pas se séparer d'un élément

aussi intéressant que lui.

 

Après la mort de Lénine en 1924, il tenta de nouveau de se libérer du parti. Pour sortir de leurs

griffes, il alla voir son ami, Boris Dimitrov, qui avait fait des études de médecine et de psychiatrie.

Il lui demanda de l'admettre pour quelque temps dans l'hôpital où il travaillait. Pour l'aider

efficacement, son ami devrait lui délivrer un certificat de maladie, afin que le parti ne lui confit plus

de missions trop importantes. Mais cette maladie ne devrait pas être trop grave, car il désirait

seulement prendre ses distances avec ces dirigeants qu'il méprisait de toutes ses forces.

Dès 1925, on commença à l'oublier, on ne lui confia que des missions peu importantes, qui le

menaient de Petrograd à Moscou.

 

Il retrouva des anciens membres de son petit parti politique qu'il

avait créé avant la révolution. Tous ses anciens amis avaient eux aussi été mis à toutes les sauces du

parti, et certains en bavaient un peu. Ils devaient obéir à des dirigeants qu'ils craignaient et

n'aimaient pas, ils n'avaient pas le choix car ils devaient ramper et servir ce régime totalitaire.

Mais certains de ses amis trouvèrent une bonne place dans cette nouvelle société.

Avant la révolution, ce n'étaient que de pauvres petits artisans sans avenir, mais après ils devinrent

des camarades responsables de l'économie du pays. De gros fonctionnaires au service de l'état. Mais

tous semblaient étouffer dans ce système totalitaire qui manquait terriblement de liberté, car ils se

sentaient sans cesse surveillés et espionnés par des gens qui travaillaient avec eux dans le même

service.

 

Page 106 - Papa Alexandre - Chapitre 5 -

 

A partir de 1926, Alexandre et ses anciens amis commencèrent à réfléchir et à s'organiser, ils prirent

la décision d'essayer de chasser du système le fameux Staline qui semblait détenir entre ses mains la

clef du pouvoir. Mais ils savaient tous qu'ils s'engageaient là, dans une mission périlleuse et presque

impossible. Dans cette période de sa vie, Alexandre se sentit devenu un homme mûr, car il n'ignorait

plus rien de la politique. Il l'avait étudiée, il avait aussi fréquenté de nombreux grands politiciens,

avant et après la révolution.

 

Il avait appris tout ce qu'il fallait savoir pour diriger un pays, il en était maintenant très capable.

Mais pour renverser celui qui détenait entre ses mains le pouvoir, il allait devoir recruter des

terroristes et des soldats de l'armée rouge, des hommes dévoués et discrets qui avaient servis le pays

sous ses ordres.

 

En quelques semaines, il réussit à rassembler une petite armée de plus de deux cent hommes, mais

cela fut très insuffisant. Il lui fallait bien plus de moyens et beaucoup de matériel de guerre pour

réussir son entreprise. Il ne parvint pas à les obtenir pour organiser un soulèvement de masse et un

attentat contre Staline.

 

Un jour, un espion des services de renseignements parvint à s'infiltrer dans son organisation, et

aussitôt tout s'effondra. Il fut arrêté immédiatement. La police secrète le tortura afin qu'il dénonce

tous ses complices. On lui fit subir plusieurs séances de torture, mais il n'avoua rien. Le chef de la

police secrète comprit que rien ne sortirait jamais de la bouche de cet

homme. Il savait aussi qu'il était très dangereux de continuer à le torturer, car il avait derrière lui

une puissante organisation et de nombreux terroristes qui lui étaient entièrement dévoués.

 

On décida en haut lieu qu'il serait condamné à dix ans de travaux forcés qu'il exécuterait dans des

camps en Sibérie. Alexandre fit savoir à Staline que s'il s'en prenait à sa famille et à sa propre vie,

alors il se vengerait sur les siens et ferait exterminer des membres importants du gouvernement par

les terroristes qui étaient toujours entièrement dévoués. Staline ne s'attaqua jamais à la famille

d'Alexandre, mais il réussit à retrouver une grande quantité de ses complices qui devaient le

neutraliser ou le tuer.

 

Après quatre années d'internement, il fut libéré et put rentrer chez lui. Ces années qu'il passa dans

les camps ne furent pas trop pénibles pour lui, car il put y bénéficier d'une certaine protection de

gens qui servaient le régime en place, et avec qui il avait activement travaillé après la révolution. A

sa sortie de captivité, on lui ordonna de se présenter à Moscou, au

bureau de la police secrète où un homme lui tendit la main, et lui dit sèchement : " Si tu tiens à

rester libre, toi et ta famille, alors soumet toi et rentre dans le rang immédiatement".

 

Page 107 - Papa Alexandre Chapitre 5 -

 

Que pouvait-il faire d'autre que d'obéir à ce tyran qui tenait le pays dans sa main ? On ne fit aucun

mal aux membres de sa famille, il put rentrer enfin libre chez lui. Alexandre et sa famille

conservèrent les privilèges qu'ils obtinrent au temps de Lénine. Staline n'osa pas perturber la vie de

ces gens. Le prisonnier retrouva très vite sa famille Antipova et ses parents,

qui avaient beaucoup souffert durant cette longue absence. Le parti leur donna de fausses nouvelles,

ils le crurent disparu pour toujours. Le retour du fils chéri, cela fit beaucoup de bien à ces gens, qui

avaient l'air bien mal en point.

 

Leurs pauvres corps s'étaient affaiblis et usés prématurément, et cela par la faute de ce changement

dans la société russe. Enfin, le bonheur revint dans cette famille qui fut de nouveau réunie. Sa

maman se remit très vite du mal qui avait paralysé son pauvre corps durant cette longue séparation.

Après qu'elle fut complètement rétablie, ils s'en allèrent faire de longues promenades dans les

jardins de la ville où ils passèrent leur temps à se souvenir de leur bonheur passé.

 

Un mois après sa sortie des camps, il dut se présenter au bureau de la police secrète du parti, où le

chef lui fit savoir qu'on l'avait muté aux services des renseignements pour y occuper un poste très

important. Pour gouverner cette immense empire, Staline avait besoin d'hommes qui soient capables

de détecter tous les individus qui étaient susceptibles de nuire au pouvoir qu'il détenait désormais et

n'avait aucunement l'intention de partager avec quiconque. Il confia donc une partie de cette

immense responsabilité et de cette grande surveillance à un des hommes qui avaient tenté de le faire

assassiner.

 

La grosse machine de l'empire rouge devait bien fonctionner, et pas un grain de sable ne devait y

pénétrer dans un de ses beaux rouages bien huilés. Alexandre dut surveiller pendant dix ans des

hauts fonctionnaires de l'état et de l'armée, et il envoya dans les camps tous ceux qui paraissaient

suspects. Ce travail le dégoûta profondément, mais il dut se résigner et ramper au pied de l'homme

qui détenait le pouvoir dans ce pays. Le récit de cette histoire dramatique et déchirante, fut parfois

pénible à écouter. Je compris que dans ma triste vie je n'avais pas enduré autant de souffrances, et

cela me réconforta et me donna du courage pour l'avenir. De 1932 à 1942, Alexandre se trouva

involontairement plongé dans l'espionnage de l'appareil d'état soviétique. Mais il le fit sur ordre du

tyran, et dut l'exécuter à la lettre, sans quoi on aurait persécuté et interné à vie tous les membres de

sa famille.

 

En 1943, il fut mobilisé et dut partir pour combattre les nazis qui s'étaient déjà installés dans

quelques endroits de son pays. Il retrouva son grade de colonel dans l'armée rouge, et une nouvelle

aventure commença pour lui. Dans cette guerre, il se contenta d'obéir aux ordres de ses supérieurs,

il fit son devoir de soldat, et rien de plus.

 

Page 108 - Papa Alexandre Chapitre 5 -

 

Durant cette période, il fit le nécessaire pour rester en vie, et ce fut son unique objectif. En avril de

l'année 1945, il entra dans Berlin en ruine, et avec ses soldats ils réussirent à s'emparer d'une petite

partie de la ville. Quand la guerre fut terminée, il lui vint l'idée de déserter l'armée, parce que plus

rien ne le retenait désormais dans son pays. Sa pauvre mère, sa douce Nina, avait quitté ce monde

depuis quelques temps déjà, et son père et la famille Antipova, eux, ils étaient dans une maison de

personnes âgées, car la guerre les avait anéantis. Ils n'avaient plus envie de vivre dans ce monde

stupide et inhumain.

 

Tous les êtres qu'il avait tant aimés l'abandonnèrent, il se sentit si seul au monde, qu'il décida de fuir

ce pays de malheur qui ne pouvait plus rien lui offrir de bon. Une nuit, il s'infiltra discrètement dans

le secteur occupé par les Américains, il demanda qu'on lui accorde l'asile politique, parce que sa vie

était en danger dans son pays.

 

Quelques jours après, il passa dans le secteur français, où il échoua à Rouen pour y rencontrer la

belle Antoinette Dubois, qui semblait faire partie de son destin. La Normandie, c'était le lieu du

débarquement allié, il pensa que ce serait peut-être pour lui le point de départ d'une nouvelle vie. Il

vit juste, car son rêve se réalisa très vite. Après avoir rencontré sa belle

princesse, ils passèrent une nuit ensemble et ils décidèrent de ne plus jamais se quitter.

Le lendemain, il invita sa bien-aimée à faire sa valise et à partir pour Paris, où il y trouverait des

amis pour assurer sa protection. Maintenant le colonel déserteur de l'armée rouge, il avait un but

dans la vie, il devait penser à se protéger, lui et sa future femme.

 

Ils se connaissaient depuis vingt

quatre heures seulement, et déjà ils pensaient s'engager ensemble dans le

mariage. La belle Antoinette Dubois était folle amoureuse de cet homme, qui était beau et

mystérieux, elle pensait qu'avec lui elle n'allait pas s'ennuyer et que sa vie serait chargée de belles

aventures et de bonheur.

Alexandre avait quitté son pays pour fuir un régime totalitaire. Mais ce maudit Staline ne l'avait pas

oublié, et il enverrait des hommes pour tenter de le ramener chez lui. Alexandre était un homme qui

savait beaucoup trop de choses, et surtout il connaissait des secrets d'état. Il avait fait surveiller

étroitement tous les hauts fonctionnaires civiles et militaires de l'union

Soviétique, par des hommes formés par ses soins.

 

Page 109 - Papa Alexandre Chapitre 5 -

 

Avec sa future femme, ils partirent pour Paris, en pensant y retrouver son grand ami Sacha Vlanov

qui avait été le chef d'une organisation terroriste, et qui le protégea, lui et sa famille, quand il fut

interné dans des camps en Sibérie. Il avait dans sa poche l'adresse d'un réfugié Politique russe, qui

quitta son pays avant la mort de Lénine. Cet homme était un membre de la haute noblesse russe,

c'était un cousin des Antipova. Il habitait rue de la croix nivert à Paris. Quand il arriva dans la

capitale, Alexandre se rendit directement à cette adresse, où il retrouva cet homme qui l'attendait

avec impatience.

 

Le réfugié s'appelait Nicolas Pavlovna, il lui demanda des nouvelles du prince Antipova. Mais

malheureusement, quand il les quitta tous avant de partir à la guerre, ils n'avaient plus leurs têtes à

eux et ils sombraient lentement dans le néant. Le réfugié politique lui donna l'adresse de son ami

Sacha. Avant la guerre, il avait acheté une grande brasserie dans le centre

de Paris. Il resta vingt quatre heures chez Nicolas Pavlovna.

 

Le lendemain matin, il partit à la rencontre de ce Sacha, qui avait disparu de sa vie depuis 1937.

Quand il retrouva son ami, aussitôt les deux hommes tombèrent dans les bras l'un de l'autre, ils

s'embrassèrent très chaleureusement. L'homme qui le reçu avait un physique d'aventurier et

s'habillait comme un cosaque.

Il raconta à Alexandre cette période qu'il vécut après son départ forcé de Russie. Sacha vint se

cacher, ici, à Paris, chez un ami qui était un ancien terroriste. Cet homme qui l'accueillit pour l'aider,

était un membre d'une organisation qui visait à renverser Staline et à anéantir ses proches amis qui

dirigeaient le pays. Sacha demanda asile et protection à cet homme qui

s'était reconverti en France. Il travaillait pour la maffia américaine, qui s'était implantée dans Paris

avant la guerre.

 

La maffia engagea Sacha qui avait beaucoup d'expérience dans le domaine de la violence, et

l'organisation l'utilisa pour protéger ses nombreuses affaires. Alexandre lui expliqua l'objet de sa

visite, et lui réclama aide et protection. Le lendemain matin, Sacha lui présenta Hans Fridman, un

juif Allemand, qui s'occupait lui aussi des affaires de la maffia. Les deux hommes se plurent

immédiatement, et sentirent sur l'instant qu'ensemble ils allaient faire de grandes choses. Hans à

cette époque-là, était responsable d'un réseau de la prostitution de luxe et de la drogue.

Mais son nouvel ami Alexandre, ce n'était pas un homme qui pouvait accepter n'importe quel genre

de travail. Il connaissait un parrain à Chicago, qui recherchait un avocat et un très bon conseiller

financier. Hans comprit aussitôt que cet homme que son organisation recherchait, il venait de le

rencontrer.

 

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Sans tarder, il le mit en contact directement avec son futur employeur. Le parrain discuta au

téléphone pendant un quart d'heure avec Alexandre. Quand il lui annonça qu'il avait obtenu une

licence de droit à l'université de Moscou et avait une très importante expérience dans le domaine

des affaires, immédiatement , le parrain fut séduit et l'engagea sur le champ.

Cet homme qui lui offrait un bel emploi et un bel avenir dans les affaires, lui promit aussi d'assurer

sa protection, afin que Staline n'envoie pas ses hommes pour tenter de le ramener dans son pays.

Alexandre remercia son grand ami Sacha, et il dut le quitter pour rejoindre son employeur de

Chicago. Mais avant de partir pour les Etats-Unis, il épousa sa belle princesse.

 

A son mariage, il eut pour témoins, ses deux amis, Sacha et Hans. Alexandre et Antoinette

s'installèrent à Chicago dans une villa que le parrain mit à leur disposition. Aux Etats-Unis, il

travailla plus de six mois dans ce milieu qu'il n'aimait pas, et il y fit un travail remarquable. En

entrant dans cette nouvelle vie, il comprit très rapidement qu'on venait de l'enfermer dans une

prison dorée, d'où il ne pourrait probablement jamais sortir.

 

La maffia s'empara de cet homme aux talents multiples, et en échange de ses bons et loyaux

services, elle le protégea aussi bien qu'un très grand chef d'état. Mais son épouse Antoinette, n'aima

pas cette vie et ces longues journées ennuyeuses qu'elle vivait loin de son pays. Quand elle apprit

qu'elle allait mettre un enfant au monde, alors elle demanda à son époux de quitter l'Amérique. Ils

quittèrent Chicago pour se rendre en Suisse, où le parrain lui confia d'autres missions en Europe, et

continua à le protéger. Le jeune couple vint s'installer à Genève dans la villa du docteur Dimitrov,

qui travaillait à cette époque-là dans une clinique privée. Leur enfant vint au monde au printemps de

l'année 1946 : ce fut une belle fille qu'ils appelèrent Tonia.

 

Mais ce nouveau bonheur lui faisait peur, car il craignait pour la vie de ses deux amours, qui étaient

le seul bonheur qui lui restait au monde. Maintenant, il allait devoir se méfier des espions que

pourrait lui envoyer ce Staline. Ils commencèrent à montrer le bout de leurs nez, vers la fin de 1946.

Une nuit, le téléphone sonna au domicile de son ami, et la personne qui

était au bout du fil, lui dit d'une voix moqueuse : "L'oiseau égaré doit regagner son nid".

A ce moment même, il comprit que la chasse à l'homme était ouverte, alors il fallait fuir très

rapidement.

Le lendemain, ils quittèrent la Suisse pour ce rendre en Italie, chez un parrain. Mais les

espions le retrouvèrent sans aucune difficulté, ils voulurent lui parler car ils avaient un message à

lui transmettre. L'entretien fut rapide. Le tyran ordonnait, et il fallait que son chef des services de

renseignements rentre immédiatement au pays, sinon on allait lui faire mener une vie d'enfer. Il

refusa catégoriquement de retourner vivre en Union Soviétique, et cela tant que ce dictateur

sanguinaire serait au pouvoir.

 

 

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