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Page 111- Papa Alexandre Chapitre 5 -

 

Le lendemain, sous bonne escorte, ils repartirent pour Chicago où l'attendait le parrain qui

l'employait et le protégeait avec une très grande efficacité. Mais ses ennuis recommencèrent et la

corrida commença, car Staline envoya un commando armé pour le terroriser. Ils vinrent la nuit tiré

des rafales de mitraillettes sur les murs de la villa où il était hébergé avec sa petite famille.

Sa femme et sa fille hurlaient de terreur, car les murs tremblaient et les vitres volaient en éclats. Ils

quittèrent toujours sous bonne escorte cette villa et s'en allèrent vivre en Amérique du Sud, dans une

petite forteresse qui appartenait à un dictateur, président de la république. Les espions envoyés par

Staline tentèrent de nouveau de l'atteindre, mais ils n'y parvinrent jamais.

 

Le Tyran mourut en mars de l'année 1953, et Alexandre et sa famille furent enfin débarrassés de ce

monstre qui tenta de les tuer à maintes reprises. Au printemps de cette année-là, son grand ami

Sacha Vlanov tomba gravement malade, et il supplia Alexandre de reprendre en mains ses affaires

que sa maladie empêchait de gérer convenablement. Il accepta son offre et rentra en France, mais il

ne put se rendre aux obsèques de son grand ami qui mourut avant qu'il arrive à Paris.

 

Alexandre confia la direction de cet héritage, à son ami Hans Fridman, et il ne garda pour lui que

des affaires légales que Sacha possédait en Suisse. Il s'installa donc à Lausanne pour faire

connaissance avec ses nouvelles affaires, mais il n'y resta pas très longtemps. Quelques mois après,

il vint s'installer dans le midi de la France. De 1954 à 1965, lui et sa petite famille y vécurent des

jours heureux, et le nouveau dirigeant de l'union soviétique ne vint pas le déranger dans sa nouvelle

forteresse. Quand j'ai connus l'homme qui allait devenir mon troisième père, Alexandre avait 67 ans,

et il en paraissait dix de moins.

 

Dès les premiers jours quand je suis arrivé à la villa Nina, où vivait mon nouveau père, je me suis

rapidement adapté et intégré à sa propre vie qu'il vivait paisiblement entouré d'une forteresse

humaine où des membres importants de la maffia le protégeaient merveilleusement bien. Je fus

plongé dans cette vie par hasard, en ayant tout simplement poussé la porte de

l'oublie et du néant.

 

Ce fut celle du paradis qui s'ouvrit pour m'accueillir, afin de me plonger dans un océan d'amour et

de tendresse. Ces gens faisaient partie de mon destin et de ma vie qui était jalonnée de dizaines

d'obstacles qui furent plus ou moins difficiles à franchir. Mon beau papa Alexandre quitta ce monde

en 1991, après une longue vie, où il traversa très souvent les jardins de l'enfer et beaucoup moins

souvent ceux du paradis.

 

Page 112 - (retour à la vie normale) Chapitre 6

 

Après avoir longuement écouté les épisodes de la vie de cet homme hors du commun, je pus l'aimé

d'avantage. A partir de ce jour, je vis dans ses yeux que mon nouveau père m'aimait autant que sa

fille Tonia. Mon ami, Jill l'américaine nous quitta en emportant avec elle des bandes

d'enregistrement d'une belle et grandiose histoire. Elle écrivit ce livre, mais on ne put jamais le lire,

parce qu'elle se suicida à la suite d'un chagrin d'amour.

 

Après m'être longuement plongé dans l'histoire de la vie de mon père adoptif, je suis repartis dans la

vie plus confiant et plus déterminé à vaincre les obstacles qui me paraissaient souvent

insurmontables. Alexandre m'avait chargé le corps de forces nouvelles, qui allaient m' être très

nécessaires pour poursuivre mon destin. Mes amis Rénato et Françoise, disparurent de ma vie. Ils

furent enfermés dans une prison quelque part en Asie, où on les condamna à mort pour avoir

consommé et vendu de l'opium. Tonia et moi nous eûmes beaucoup de chagrin quand le parrain de

Milan nous annonça cette dramatique nouvelle.

 

J'ai retrouvé mon ami Carpenter, l'anarchiste très actif qui mit un peu de désordre dans ma vie en

m'invitant dans des réunions. Ce garçon avait fait à Paris, la connaissance d'un juif allemand que la

France entière allait connaître pendant les événements de mai 68. Pour l'éloigner de ma vie, je lui ai

donné de l'argent et lui ai confié une mission sur la région parisienne.

 

Je n'avais pas renoncé à ma vengeance contre cette société, qui m'avait tant humilié et fait souffrir

pendant de nombreuses années. Quand je vis en 1968, tous ces étudiants s'agiter et se révolter, j'ai

compris que je n'étais pas le seul à vouloir que les choses changent dans notre société. La

génération des mal aimés et des jeunes nés après la guerre, elle se révolta et sut se faire entendre de

ceux qui se bouchaient les oreilles et se voilaient la face, afin de ne rien voir et de ne rien entendre.

 

En 1968, je ne me suis pas mêlé à cette agitation dans Paris, car j'avais d'autres projets à réaliser et

des vies humaines à sauver du désespoir. Quand nous avions quelques heures de libres, Tonia et moi

nous partions en pleine mer, sur le voilier d'Alexandre. Cette petite coque de bois avait une bonne

voilure et un bon moteur qui pouvait nous emmener très loin au large, là où on se sentait bien tous

les deux.

 

Page 113 - (retour à la vie normale) Chapitre 6

 

Quand nous en avions assez de voir le bateau filer sur les vagues, nous larguions les amarres pour

nous laisser bercer par les vagues. Ma douce Tonia s'allongeait à côté de moi, je lui composais des

poèmes. Dans mon imagination, je la voyais chevauchant un magnifique étalon noir, je lui disais

qu'ensemble nous chevauchions les nuages. Quelques fois, je m'imaginais que nos corps s'élevaient

tout doucement en direction d'une belle planète. Cette boule géante et magique, je l'ai appelé,

Antoniarès, la mystérieuse planète bleue. Mon imagination nous emportait sur cette belle planète

bleue, où je voyais un beau soleil tout blanc. Les rayons étaient bénéfiques et ne blessaient pas les

yeux des humains.

 

Je dis à Tonia, que quand j'ai perdu la mémoire, je voyais dans mes rêves cette planète et son soleil

dans le néant où je fus plongé. J'avais l'impression de vivre avec une fée, parce que tout ce qui

sortait de son esprit, n'était que beauté et pureté. Son corps et son âme semblaient êtres si purs, que

parfois j' avais peur de souiller cet ange si merveilleux que le ciel avait envoyé sur terre, rien que

pour moi.

 

Sur cette belle planète bleue où je m'évadais avec ma belle Tonia pour y fuir les réalités et les

cruautés de la vie, j' y invitais les personnes que j'aimais le plus. Il y avait mes parents adorés, et

d'autres amis qui partageaient notre bonheur sur cette terre. Sur cette belle planète bleue, il ne devait

y vivre que des anges de pureté, de beauté et de lumière. Avant de pénétrer dans ce lieu magique,

nous devions passer dans une grande chambre de purification où il y avait un brouillard purificateur.

Ce brouillard était tout blanc. Nous devions tous y pénétrer sans aucun vêtements sur nous.

 

Après avoir traversé cet espace purificateur, nous devions nous sentir léger et transparent comme

l'eau pure et claire d'une belle rivière. Nos corps s'étaient débarrassés de toutes ces impuretés

malsaines que la terre avait imprimées sur nos enveloppes corporelles. Sur cette planète bleue, tout

semblait pur et sans tâches, il y régnait une extrême pureté. Libérés et débarrassés de toutes ces

impuretés, nous pouvions entrer dans le beau et immense jardin qui s'étendait à l'infini. Je disais que

les humains ne marchaient pas vraiment dans cet endroit magique, mais que leurs corps semblaient

comme flotter dans l'espace. Nos pieds frottaient de temps en temps le sol qui ne voulait pas nous

retenir trop longtemps.

 

Page 114 - (retour à la vie normale) Chapitre 6

 

Avec Tonia,nous partions très souvent sur ce bateau en pleine mer, là où il y avait un endroit

magique qui pouvait nous transporter au-delà de cette terre où régnait le mal. Ma douce princesse

semblait vivre sur une autre planète quand je l'ai rencontré la première fois. Tonia était une jeune

fille très sage, elle évitait les garçons qu'elle trouvait sournois et mal élevés. Elle n'aimait pas les

jeunes de la Côte d'Azur, en particuliers ceux qui fréquentaient l'université où elle étudiait. Je fus

l'unique garçon qu'elle aima passionnément.

 

Après avoir vécu durant de longs mois dans ce beau jardin paradisiaque, dans ce monde merveilleux

et magique, là où je pensais que notre bonheur serait éternel. Un jour vint, et ce jour-là, sur la mer

où nous naviguions, il me sembla que mon corps refusait de s'élever afin de se diriger vers notre

belle planète bleue. Ce fut un signal que m'envoya mon destin pour m'alerter d'un danger imminent.

Mon corps allait-il de nouveau replonger dans le néant?

 

Mais je n'en savais rien encore, je me contentais de profiter pleinement, jour après jour, de ce

bonheur que la vie m'offrait si généreusement. Rien en ce monde ne pouvait briser ce lien

indestructible qui nous unissait. Nous ne pensions pas encore au mariage, mais cela viendrait

sûrement un jour. Je me souviens du jour de notre première rencontre, dans cet asile sordide. Ce

jour-là, ce fut pour moi le plus beau de sa vie. Quand un homme parvient à se libérer de l'emprise

néfaste d'un milieu qui ne le rend pas heureux, qui le retient sans raison. Quand le moment arrive où

enfin il réussit à se glisser dans un monde accueillant et humain, ce moment là son corps exulte de

bonheur.

 

Ce jour là mon corps explosa de joie dans cette journée magnifique où je vis pour la première fois

apparaître un ange. Le bonheur que l'on ressent dans un tel moment, cela est bien difficile à

expliquer. Tonia Anatolièvna, ma douce et belle princesse, après avoir connu de longs mois de

bonheur, un jour sa belle étoile commença à s'éteindre lentement.

 

(Dans les jardins de l'enfer) Chapitre 7

 

Oui, un jour la bonne étoile de Tonia commença à pâlir dans le ciel, et cela commença quand j'ai

quitté inconsciemment la villa Nina. Pourtant, Alexandre avait réussi à la guérir en lui offrant de

longues vacances de rêve. Mais, un an après, elle commença à souffrir de violents maux de tête.

Son mal disparut durant plusieurs mois, puis il revint la tourmenter à la fin de

l'année 1968. Un dimanche matin, elle se mit à délirer, des souvenirs douloureux de mon départ

revinrent la tourmenter et la firent pâlir de frayeur. Ce jour-là, elle ne s'évanouit pas, elle nous quitta

pour toujours, foudroyée par une congestion cérébrale.

 

Page 115 - Chapitre 7 (Dans les jardins de l'enfer)

 

Voyant que ma bien-aimée venait de me quitter pour toujours, j'ai perdu la raison. Otto appela une

ambulance pour qu'on me conduise à l'hôpital. A la mort de Tonia, je devins complètement fou, un

fou dangereux à mettre sous très haute surveillance. Alexandre me fit interner et soigner dans une

clinique privée en Suisse. Quand il venait me voir, je ne le reconnaissais pas. Les infirmiers durent

me donner beaucoup de calmants pour apaiser ma souffrance. Quand les drogues ne me faisaient

plus d'effet, je me mettais à hurler comme une bête sauvage.

 

Je suis resté enfermé dans une cellule pendant trois semaines. Après deux mois d'hospitalisation, je

redevins normal, je me suis retrouvé de nouveau enfermé dans un établissement psychiatrique, tout

comme je l'avais été à Nice. On m'avait installé dans une belle clinique de luxe, où de charmantes

infirmières me veillaient, jour et nuit. Je n'attendis pas d'être complètement guéri, je me suis enfui

de cette clinique. J'étais responsable de la mort de Tonia, j'avais détruit et ruiné le bonheur d'une

famille. J'ai pensé que plus jamais je ne trouverais la force ni la volonté de revenir vivre à la villa

Nina.

 

Je ne voulais plus ressembler à un être humain, je voulais arracher mon passé de mon cerveau. Je

me suis enfui dans la campagne, je devins en quelques jours un animal sauvage. Le soir, je sortais

de ma tanière pour aller voler dans les fermes, des oeufs et des légumes pour les manger crus. La

nuit, je hurlais comme un jeune loup hurlant à la mort, je m'arrachais les cheveux parce que des

souvenirs douloureux me revenaient à l'esprit. J'avais le visage maculé de terre et de sang. La nuit,

je dormais dans des granges abandonnées où les rats me mordaient les jambes.

 

Je ne sentais plus rien, mon corps se délabrait lentement. On m'avait précipité dans un de ces jardins

de l'enfer, je m'y sentais comme étant un démon égaré et rejeté d'un paradis où je n'avais pas mérité

d'y vivre. De ce lieu de purgation, on ne cessait de me hurler à la face, qu'une famille entière avait

été détruite par ma faute et mon stupide comportement. Le moment du châtiment suprême était

arrivé, je devais payer très cher mon crime.

 

Je dormais n'importe où, et un matin mon corps faillit plonger dans une mare gluante et

nauséabonde. Je m'étais endormi au milieu d'un pré en friche. J' étais sale et mon corps empestait. Un

jour, j'ai rencontré une femme dans un bois. Elle cherchait des champignons. Quand elle me vit dans

cet état, elle se mit à hurler de frayeur. Elle sembla comme terrorisée, car je ressemblait à un animal

sauvage.

 

Page 116 - (Dans les jardins de l'enfer) Chapitre 7

 

Un matin, je me suis réveillé dans la grange d'une ferme, j'ai aperçus une femme qui me visait avec

un fusil de chasse. Elle me dit : "Tu vas te laver, car je t'ai préparé une grande bassine d'eau . Je dus

lui obéir, je n'avais pas le choix. Dès que je fus lavé et présentable, elle me donna des vêtements

propres. C'étaient ceux de son défunt mari qui était récemment décédé d'une crise cardiaque. Elle

n'avait que quarante ans, cette pauvre fermière, elle se retrouvait seule avec sa ferme à exploiter.

Elle me dit qu'elle était une française des hautes Alpes, elle avait épousé le propriétaire de cette

ferme.

 

J'ai compris très vite que cette femme autoritaire désirait faire de moi son domestique. J'ai

refusé catégoriquement en lui disant qu'elle se trompait d'individu. Je lui ai dit que je n'étais qu'un

pauvre être humain perdu et très malheureux. Elle eut pitié de moi, je suis resté quinze jours chez

elle. Elle me redonna une apparence d'être humain normal, elle m'obligea à raconter mon passé.

Je lui ai raconté une longue période de mon passé. Cette femme me torturait l'esprit, elle se

réjouissait de me voir pleurer et souffrir. Son malheur et sa détresse semblait lui faire beaucoup de

bien, elle ne se sentait plus seule à souffrir et à se noyer dans son chagrin.

 

J'ai décidé de quitter cette

femme qui devait être un peu folle. Je suis monté dans un car pour aller à Menton. Quand je suis

arrivé dans cette ville, j'ai téléphoné à la villa Nina pour prendre des nouvelles de mes parents.

Une femme me répondit que monsieur Anatolièvna se reposait dans le salon, elle me fit attendre un

moment. Elle alla dire à Alexandre que son fils désirait le voir. Quand elle revint, elle me dit que

mon père m'attendait avec impatience.

 

En entrant dans la villa Nina, un parfum inhabituel que

dégageait cette maison me parut étrange. Mon sang se glaça et mon pauvre corps en trembla de

frayeur. Je suis entré lentement dans le grand salon, je vis que l'on avait déposé et allumé plusieurs

bougies rouges. Alexandre était assis dans un grand fauteuil, il me regarda longuement sans dire un

mot.

Avant ce drame, j'avais vécu avec un homme gaie et toujours gracieux, je le découvris brisé et

anéanti par un énorme chagrin qui semblait vouloir l'emporter loin de ce monde. Une infirmière

venait de lui faire une piqûre pour calmer cette détresse qui lui rongeait le corps.

 

Page 117 - (Dans les jardins de l'enfer) Chapitre 7

 

Je me suis approché de lui, mon pauvre papa leva la tête avec difficulté. D'une voix souffreteuse et

très grave, il me dit : "C'est bien toi, mon petit Norbert. Tu es enfin revenu vers nous". Il trouva la

force de se lever, il s'avança pour me serrer dans ses bras. Mon pauvre papa, il en pleura toutes les

larmes de son corps.

 

--Tu vas rester avec moi quelques jours, parce que j'ai besoin de ta compagnie en ce moment, me

dit-il en tremblant de bonheur. Il m' apprit que ma maman Toinette nous avait quittés pour toujours.

Elle nous quitta trois mois après la mort de sa fille. Ma pauvre maman Toinette fut emportée par un

immense chagrin qu'elle ne put maîtriser, ses forces l'abandonnèrent pour toujours. Quand je me

suis enfui de l'hôpital, je n'ai pas trouvé le courage d'aller la voir, je n'étais plus en état de le faire. Je

n'aurais pas eu le courage ni la force de la prendre dans

mes bras, me sachant pleinement responsable de la mort de sa fille.

 

La nouvelle de sa disparition me fit de nouveau souffrir. Il ne me restait plus que mon pauvre papa à

aimer. Je compris que son aide allait m'être d'un grand secours. Il fallait absolument que mon père

parvienne à surmonter son immense chagrin, sans quoi il ne vivrait pas très longtemps. Je lui promis

de rester avec lui, tout le temps qui serait nécessaire pour l'aider à oublier ce drame. Les trois

premiers jours que nous avons passé ensemble, furent très difficiles et pénibles. Alexandre pleurait

sans discontinuer car son immense chagrin lui mortifiait le corps et le précipitait dans le néant.

 

Mon pauvre père se mourait devant moi, je me sentais impuissant face à cette immense détresse qui

l'accablait et lui rongeait les entrailles. J' adorais et je vénérais cet homme qui m'avait sorti de ma

misérable condition. Il m'avait chaleureusement accueilli chez lui sans me connaître. Les membres

de sa famille m' avaient donné tant d'amour et d'affection. Alexandre m'avait offert la main de sa

fille pour me rendre encore plus heureux en ce monde. Nous devions nous marier au début de l'été

de 1969.

 

Pour ce père adoptif, cet être humain si exceptionnel qui m'avait tout donné, en cet instant crucial de

son existence, je ne pouvais rien faire pour l'aider à surmonter son immense chagrin. Ma dette était

immense, je pris conscience que j'allais devoir m''en acquitter rapidement. Pour le sortir du néant,

j'ai demandé à mon ami Otto, de sortir du couvent où il s'était réfugier pour prier. Otto sortit de sa

retraite, il m'aida à réconforter mon beau papa. Je ne voulais pas qu'il meurt.

 

Page 118 - (Dans les jardins de l'enfer) Chapitre 7

 

J'avais une mission géante à accomplir, c'était pour moi un nouveau et rude combat à entreprendre.

Sans cet homme d'église, je n'aurais jamais trouvé la force ni la volonté d'aider mon pauvre papa qui

se mourait devant moi. Avec Otto, je réussis à le faire sortir de la villa, nous l'avons emmené sur son

voilier faire de longues promenades en mer.

 

Plusieurs fois, j'ai dit à Alexandre, qu'avec Tonia nous partions souvent, très loin au large quand

nous avions un moment de libre. Je lui ai raconté que très souvent, nous nous endormions enlacés

sur le bateau et que nos corps s'élevaient doucement et partaient sur notre belle planète bleue, que j'

avais appelée, "Antoniarès". Pour le faire sortir de sa profonde détresse, je lui ai demandé de se

mettre à peindre des toiles. Elles devraient représenter, Tonia et maman Toinette, vivant sur cette

belle planète bleue.

 

Cette idée eut un effet positif et lui redonna goût à la vie. Pendant des jours, mon beau papa se mit à

peindre plusieurs tableaux. Je l'ai entraîné dans mon monde magique et virtuel où je me réfugiais

avec Lisa quand je déprimais. Je m' imaginais des personnages mystérieux qui avaient tous le

pouvoir de guérir tous les maux dont souffraient les humains. Quand il eût terminé de peindre

quelques toiles, il me les montra. En les voyant, je fus émerveillé.

 

Elles représentaient ces paysages imaginaires qui étaient dans mes rêves. Sur une toile, je vis Tonia

et ma maman Toinette s'élevant dans le ciel et partant vers notre planète bleue. J'avais vaincu cette

gigantesque épreuve qui m' était apparue comme une mission impossible. Alexandre parvint à

surmonter son chagrin, je lui ai

demandé de s'occuper avec Otto, du centre d'accueil que j' avais créé pour aider les enfants

abandonnés de la noblesse. J'ai dis à Alexandre que ma mission était terminée, je devais m'éloigner

de sa vie pour quelque temps.

 

Mon beau papa devait très vite refaire sa vie, j'ai jugé que ma présence à ses côtés n'était plus

vraiment indispensable. Je devais le quitter car une autre femme allait prochainement réapparaître

dans la vie de cet homme qui avait encore une longue route à parcourir. Alexandre sortit

progressivement des chemins de l'enfer qui l'avaient engloutis.

 

 

Page 119 - (Dans les jardins de l'enfer) Chapitre 7

 

Le jour de mon départ, j'ai passé cette dernière journée en compagnie de mon beau papa et de mon

ami Otto. Une dernière fois, nous sommes aller nous promener sur les sentiers abrupts où nous

avons couru ensemble quand je suis arrivé à la villa Nina. Nous sommes aller naviguer sur l'océan,

nous nous sommes arrêtés une dernière fois à l'endroit où nous rêvions avec Tonia. Plus jamais nos

corps enlacés s'élèveraient pour rejoindre notre planète Antoniarès, plus jamais.

 

Cette journée ne fut pas magnifique, ce fut pour moi seulement un jour de deuil et de grand

recueillement. A la fin de cette journée, j'ai quitté ceux qui m' avait tant aimé et m'avaient donnés

tant de bonheur et d'amour. Dans cette journée d'adieux, je suis allé me recueillir sur la tombe de

mes deux amours. J'ai quitté mon beau papa Alexandre et Otto le prêtre. Ils m'accompagnèrent à la

gare de Menton. J'ai quitté cette bonne ville, avec seulement un sac de voyage et quelques sous en

poche.

 

Ce jour là j'ai pleuré toutes les larmes de mon pauvre corps, je suis resté très courageux et digne. Je

n'ai pas voulu partir en ayant l'air d'un jeune homme profondément désespéré. J'ai embrassé

longuement ces deux grands hommes, ces géants qui me restait encore à aimer sur cette terre. De la

fenêtre du train, en larmes, j'ai crié que j'allais

vivre et me battre intensément pour donner un sens à ma vie. Le train s'éloigna lentement de cette

ville, et le jeune homme qu'elle avait accueilli à la fin d'un hiver froid, il repartit d'où il vint, des

profondeurs du néant.

 

- Chapitre 8 (Mon ami Norbert)

 

Effectivement ce train renvoya le pauvre Norbert de Monchavet dans les profondeurs du néant.

Mon ami Norbert mourut dans sa

trentième année. En 1969, j'étais moi aussi un pauvre jeune homme, mon enfance ne fut guère

meilleure que celle de ce garçon que j'allais rencontrer cette année-là. La

première fois que je le vis, il gisait sur un lit d'hôpital, dans une ville de Normandie, à Rouen pour

être plus précis.

 

Moi, on m'avait ramené par avion de Sicile, où j'avais tenté pour la quatrième fois de mettre fin à

mes jours, parce que je ne désirais plus vivre dans cette société qui n'avait rien à m'offrir de valable.

Dans cet hôpital de Rouen, un matin, on y amena un jeune homme qui ressemblait à un mort vivant.

On l'avait ramassé inanimé sur un terrain vague à la sortie de la ville, et après l'avoir examiné et

lavé on l'amena dans ma chambre où j'étais seul.

 

Ce malade avait vingt cinq ans, il paraissait en avoir dix de plus. Quand je le vis la première fois, ce

garçon me fit énormément de peine. Jamais dans ma vie je n'avais encore vu d'homme dans un tel

état de délabrement. Son visage et ses yeux laissaient paraître une immense détresse. La première

nuit qu'il passa dans cette chambre, il ne cessa de parler en dormant, de remuer et de gesticuler,

comme s'il voulait serrer quelqu'un dans ses bras.

 

Il appela très souvent une certaine Tonia. Il me sembla aussi qu'il s'enfonçait la tête dans l'oreiller

pour pleurer discrètement. Je n'étais pas un garçon très causant, mais avec ce jeune homme qui avait

besoin d'aide, je ne pus rester indifférent à sa souffrance et à sa détresse qui semblaient lui dévorer

le corps.

 

Page 120 - (mon ami Norbert) Chapitre 8

 

Il me raconta l'histoire de sa pathétique vie. Les épisodes de sa vie se gravèrent profondément dans

ma mémoire, et la souffrance de ce jeune homme me traversa le corps tout entier. Toutes les nuits

dans mon sommeil, je me transformais en jeune Comte, je devenais Norbert de Monchavet. Je

marchais comme lui dans ces jardins de l'enfer et de ceux du paradis où il avait vécu durant de

longues années.

 

Ce garçon mit fin pour toujours à ma série de suicide, il me donna envie de vivre et de poursuivre

mon destin. Un destin qui avait peut-être de bonnes choses à m'offrir. En ma compagnie, il reprit

des forces et goût à la vie. Il m'apprit qu'avant d'échouer à Rouen, il avait vécu à Menton dans une

famille très spéciale. La Normandie était l'endroit où son père adoptif

avait rencontré sa future femme. Norbert pensa que lui aussi, dans cette région il découvrirait une

autre vie.

 

Mais ce pauvre garçon semblait être au bout de sa vie quand il échoua dans cet hôpital. Nous

sommes devenus très vite de grands et bons amis, car à cette époque j'avais besoin de quelqu'un

pour m'accrocher à la vie, parce qu'elle basculait dans le vide, elle aussi. Nous avions besoin, l'un de

l'autre, pour nous motiver et marcher ensemble dans cette vie qui nous

avait tant fait souffrir et sauvagement mortifier tous les deux. A la sortie de l'hôpital, je l'ai emmené

dans un foyer pour jeunes qui avaient des problèmes, je lui ai trouvé un emploi dans une entreprise

du bâtiment. Norbert retrouva assez rapidement une vie presque normale, il commença à écrire

l'histoire de sa vie sur des cahiers d'écoliers.

 

Il espérait pouvoir intéresser un éditeur. L'histoire de la vie d'un bâtard de la noblesse, dont le père

était Comte. Cela pourrait-ils intéresser des lecteurs? Norbert s'exprimait très bien, en paroles, et on

devinait qu'il avait fréquenté des membres de la haute société. Mais par contre, pour ce qui était de

l'écriture et la grammaire, ce n'était pas très brillant.

Moi, je n'étais pas un grand champion du maniement des mots et de la grammaire, mais à côté de

lui, je me sentais légèrement au dessus.

 

Deux mois après notre sortie de l'hôpital, il m'emmena aux environs de Versailles pour me faire

visiter le château et le grand domaine que possédait avant sa mort son vrai père, le Comte de

Monchavet. Mais à cette époque, Norbert n'avait pas encore récupéré son titre et sa fortune, et cela

ne se ferait certainement jamais. Mon ami me fit visiter son grand domaine et son château, que j'ai

appelé dans ce roman, les Trois fontaines. Moi aussi dans mon enfance, j'ai vécu dans un petit

village où il y avait un château. Mon grand père y travaillait comme bûcheron.

 

Page 121 - (mon ami Norbert) Chapitre 8

 

L'histoire de mon enfance ne fut pas très différente de la sienne, sauf que moi je n'étais pas le fils

naturel d'un Comte fortuné. Le château de Norbert était plus beau que celui de mon village, et le

domaine beaucoup plus vaste. Quand nous arrivâmes sur cette grande propriété, il me prit par la

main, comme si j'avais été son père. Il ferma les yeux un instant, puis il m'entraîna à travers bois et

champs, où nous allâmes saluer les fermiers qui travaillaient jadis pour son père. Ces gens le

saluèrent et l'appelèrent, petit Comte, en souvenir de leur patron disparu.

 

A la tombée de la nuit, il me fit pénétrer dans une petite forêt où il avait l'habitude de se rendre avec

son père. Dans cet endroit romantique et mystérieux, il m'apprit à hurler comme un loup hurle à la

mort. Cet instant fut si émouvant que je compris à quel point ce garçon adorait et vénérait son père

qui n'était plus de ce monde.

Norbert me plongea longuement dans toute la période de son enfance et me fit partager ses instants

de misère et le peu de bonheur que sa vie daigna lui offrir dans cet environnement. Il sentit que

j'étais le seul en ce monde à pouvoir comprendre toute la souffrance que son horrible destin lui avait

fait endurer. Son passé et ses souvenirs m'emportaient au-delà de ce

monde où je vivais, je pensais que sa vie était à la fois terrible et magnifique. Ce jeune homme au

passé exceptionnel avait connu et vécu un grand et bel amour avec cette jeune fille qu'il rencontra

dans le midi de la France.

 

Dans ma jeune vie, je n'avais rien connu ni vécu d'aussi merveilleux dans ce monde, et il me restait

tout à découvrir pour trouver le bonheur. Norbert avait eu un passé très différent du mien, et le

bonheur qu'il connut ne fut que de courte durée. Mon ami Norbert resta plus de six mois en ma

compagnie.

Quand je sentis qu'enfin il avait repris goût à la vie, je lui ai demandé de retourner vivre dans sa

famille d'adoption. Je ne comprenais pas pourquoi il avait abandonné son père adoptif pour venir se

perdre dans une région qui n'avait probablement rien à lui offrir. Son papa Alexandre et son grand

ami Otto l'aimaient et avaient certainement besoin de sa présence à leurs côtés. Il partit les rejoindre

à Menton. Quelques jours après, je recevais une longue lettre qui m'apprenait que son beau papa

allait bien. Otto, son grand ami, l'aidait merveilleusement bien dans ce centre qu'il avait créé pour

les bâtards de la noblesse. J'appris aussi que son papa avait fait la connaissance d'une jeune femme

très charmante.

 

De savoir mon ami de nouveau heureux, cela me rendis fou de bonheur et de joie. Je pensais que si

je ne m'étais pas intéressé à lui, alors il serait peut-être mort. On l'aurait retrouvé gisant ou peut-être

mort sur un terrain vague, le corps chargé de drogues.

 

Page 122 - (mon ami Norbert)Chapitre 8

 

Mon ami était loin de moi, mais j'avais en ma possession ses cahiers d'écoliers où il y avait écrit

l'histoire de sa vie, chaque jour je pouvais, la lire et la relire. En 1975, il m'invita à venir le voir dans

le midi où il vivait avec son père adoptif.

Quand je suis entré dans son univers, j'ai compris que c'était réellement un endroit magique et

merveilleux, et non pas le fruit de son imagination. Il me présenta à son beau papa. Cet homme de

soixante dix huit ans était un géant au visage à peine marqué par un passé hors du commun. Il me

présenta sa nouvelle épouse. C'était une femme qui avait une trentaine

d'années de moins que lui, elle était très jolie et gracieuse.

 

Cet homme qui avait traversé lui aussi les jardins de l'enfer et ceux du paradis, il poursuivait sa vie

et coulait des jours paisibles dans sa villa avec sa nouvelle femme, son fils adoptif et son ami Otto,

qui ne l'avait plus jamais quitté depuis le départ de Norbert. Norbert m'emmena partout où il connut

le bonheur avec sa belle princesse, Tonia Anatolièvna. Il me

montra des photos d'elle, je découvris que c'était une magnifique jeune femme. C'était cette

merveilleuse princesse qui hantait ses nuits de cauchemars. Sa douce Tonia semblait être présente,

partout où il m'emmenait, et parfois il me semblait aussi que j'entendais sa respiration et ses éclats

de rire.

 

Norbert ne chercha pas une autre princesse, car les souvenirs de sa bien-aimé étaient profondément

gravés dans son coeur et dans son esprit, il n'y avait pas de place pour une autre femme.

Durant cette courte période que je pus passer avec lui, il m'emmena plusieurs fois sur le bateau de

son père, nous partîmes souvent ensemble sur cette belle planète bleue afin d'y rejoindre ses deux

amours perdus. Il me donnait à respirer une espèce de poudre très fine, et quelques minutes après

nous partions sur ce merveilleux paradis où nous y restions plusieurs heures en compagnie de celles

qu'il avait tant aimées sur terre. Je dus quitter à regret mon ami et son beau et merveilleux paradis.

 

Je l'ai laissé à sa vie et à ses souvenirs, qui étaient maintenant bien gravés dans mon cerveau.

Ma place n'était pas avec lui, car j'avais ma petite famille et mon univers à moi. Mon ami Norbert

mourut quelques mois après que je l'eus quitté. Un matin, il s'en alla avec le bateau de son père au

point magique qui l'emportait sur sa merveilleuse planète bleue, il fut emporté par une grande

tempête. Ce jour-là, il disparut à jamais dans les profondeurs de l'océan, où dans les airs afin de

rejoindre ses deux amours qui devaient l'attendre impatiemment.

 

Page 123 - (mon ami Norbert) Chapitre 8

 

Des êtres comme Norbert, ne peuvent disparaître à jamais de la surface de la terre. Sa souffrance fut

si grande qu'elle en laissa d'énormes sillons dans le sol et dans les airs. Norbert, le petit Comte de

Monchavet, n'est pas vraiment mort, il revient sur terre quand la lune est entière et brille dans un

ciel étoilé sans nuages.

 

Il revient et marche sur son grand domaine du château des trois fontaines, il hurle comme un jeune

loup à la mort. Si une nuit vous passez dans une forêt près de Versailles, et que vous y entendez des

hurlements de loups, vous saurez que le Comte de Monchavet et son fils s'y promènent main dans la

main sur leur domaine.

 

Norbert a quitté ce monde qui l'a tant fait souffrir. Il est parti rejoindre sa belle princesse Tonia et sa

douce et tendre maman Toinette, car sa vie sans la présence de ces deux femmes merveilleuses,

n'avait plus aucun sens pour lui.

 

Il devait terriblement souffrir de leur disparition, et les souvenirs de son bonheur perdu lui

rongeaient le corps un peu plus chaque jour. Il n'a pu résister à l'appel de l'amour de ces deux êtres

qui étaient son unique raison d'être et de vivre sur cette terre qui l'a rejeté sans pitié. L'histoire de sa

vie me fait horriblement souffrir quand j'y repense.

 

Norbert aurait eu une belle et merveilleuse vie, si sa mère l'avait confié dès sa naissance à son vrai

père, le comte de Monchavet. Sa mère s'est inconsciemment acharnée et vengée sur lui, parce que le

comte ne l'a pas épousée et l'a jetée dans les bras d'un pauvre homme qui n'était pas de son milieu.

Le milieu de sa mère était celui de la noblesse, malgré qu'elle ne fût qu'une bâtarde, la fille d'une

aide soignante et d'un grand et beau baron. La vie de Norbert fut détruite et gâchée stupidement.

Soit heureux, là où tu es, mon grand ami. J'espère un jour te retrouver, toi et les tiens sur ta planète

magique.

 

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